Juliette Arnaud vous recommande le dernier livre de Mona Chollet

Souvenez vous, on est en 1980, la France entière chante et danse ça : (son) « Oui, je suis la sorcière/ chu vieille chu moche chu une mégère/sur mon balai maudit/ j’aime bien faire du mal aux tous petits/J’fais des potions pour séduire les hommes/Puis j’les mords quand ils dorment ». Grand Orchestre du Splendid. 

Tout y est, et du fond de mes 7 ans, je me disais « Bon, ben, si c’est que de moi, je vais pas faire sorcière, je vais faire princesse, merci bisous merci ». 38 ans plus tard, j’ai lu Sorcières attentivement, je me regarde dans un miroir : « yeux étranges ni verts ni bleus », sans enfants, frisée, sans mari, avec chat, vieillissante, je n’ai pas de cheveux blancs mais comme on dit chez moi : « Tête de folle ne blanchit pas », et voilà, c’est un Strike! Je coche toutes les cases. (je précise que je ne mords pas les petits sauf bien sûr s’ils essayent de me voler mes BN). Et là, où c’est vertigineux, c’est que ça va, je suis satisfaite. Je ne me sens pas maudite. Parce qu’à présent, il me semble appartenir une vieille famille de femmes dont l’histoire ,enfin éclairée, me parait séduisante - une histoire qui n’est plus obscure et qui n’a surtout jamais été une terre d’obscurantisme. 

Là on touche au point majeur : ce n’est pas au M.A que les sorcières furent décimées, mais à la Renaissance. On nous a collectivement vendu la Renaissance comme une époque de renouveau, et le M.A comme un temps de nuit noire et ce n’est pas si simple. La Renaissance, cette naissance de l’homme nouveau était également une machine à tuer les femmes anciennes. De toute façon, quitte à ce que Ronsard exécute un triple flip arrière dans sa tombe, moi, « Mignonne allons voir si la rose », ça m’a toujours filé le cafard de l’apprendre par coeur, pardon mais je ne suis pas/ je ne me sentais pas une fleur qui attend d’être cueillie. Mona Chollet lève ce voile, elle en lève d’autres. Note ainsi que le concept de « Princesse Charmante » n’existe pas. Celui de « Prince Charmant », oui. Problème. Parce qu’on éduque encore les filles sur ce cette équation caduque. 

ça relève du saut en parachute où on te dit c’est sans danger, les lois de la gravité tout ça tout ça, tu vas te poser comme une fleur, sauf qu'après avoir sauté de l’avion, tu percutes que en vrai ton parachute c’est un parpaing. La sorcière, elle, n’attend pas, elle ne saute pas en parachute en priant pour que ça se passe bien en défiant les lois de la probabilité, elle explore, elle parle aussi… Prenant le risque qu’on lui colle comme aux cheveux rétifs un appareillage métallique sur la tronche pour lui bloquer la mâchoire. Oui, la sorcière a un chat. Ce chat dont je me remémore ici que, familier attitré de la sorcière, est celui assiste dans la pratique de sa magie, et avec lequel elle peut échanger son apparence. Elle a un balai qui ne lui sert pas à balayer les miettes de BN, il est moyen de transport (et donc d’émancipation) il est aussi un barreau de chaise qu’on se colle entre les jambes. Pardon derechef mais quel sex-toy peut prétendre une telle étendue d’usage? 

Et puis tant qu’on y est à parler de chair, Mona Chollet n’évite pas la question qui fâche le plus : les enfants, ça fait quoi quand on en a pas. Est ce qu’on est obligées de mourir de honte ou de chagrin? Est-ce que, pire, on peut s’en réjouir? Elle cite la magnifique romancière anglaise contemporaine Jeannette Winterson dont la maman lui serinait : « Pourquoi vouloir être heureux quand on peut être normal? ». Bah oui, pourquoi? … Elle écrit : « Je ne peux pas songer à un seul modèle littéraire féminin qui ait accompli le travail qu’elle désirait tout en ayant une vie hétérosexuelle ordinaire, et en ayant des enfants ». Je pose ça là. Ma petite mine anti personnel pour les fêtes de Noël. 

Merci Bisous Merci.

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Sorcières de Mona Chollet

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