Monstre chef d’oeuvre. 11 000 vers, 158 poèmes, recueil écrit sur plusieurs décennies, et comme si c’était pas déjà assez inquiétant, le sujet … Il est dans la préface quand Hugo écrit : "Est ce donc la vie d’un homme? Oui, et la vie des autres hommes aussi". Mazette. On n’est pas rendus.

Toute sa vie ET celles des autres

Rousseau, un siècle plus tôt avec Les Confessions, ramenait sa fraise suisse en écrivant « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple » … « moi mieux que toi, gnia gnia » (dis donc, les hommes de lettres, on dirait des humoristes), Victor plie le game en faisant l’auto-biographie …en vers! Comment s’introduire dès lors dans ce temple de la littérature?

Il y a 4 livres dans Les Contemplations, j’ai 4 jours : dis donc c’est bien foutu l’Educ Nat, alors j’ai choisi un poème par livre.

Lundi - le livre 1 : l’Aurore

C’est à dire le temps de la joie et des rêves où comme Rimbaud, Hugo à sa manière, à son pas, embrasse l’aube d’été, c’est à dire, rencontre la nature quasi amoureusement, avec les sens, avec sensualité.  En 1856, Arthur babille encore dans sa barboteuse à Charleville. Victor le poète embrasse d’ailleurs une autre saison, celle d’avant : le Printemps. On le sait, puisque les fleurs sont de sortie.

"Le poète s’en va dans les champs; il admire, 

Il adore, il écoute en lui-même une lyre, 

Et, le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs, 

Celles qui des rubis font pâlir les couleurs, 

Celles qui des paons même éclipseraient les queues, 

Prennent, pour l’accueillir, agitant leurs bouquets, 

De petits airs penchés, ou de grands airs coquets, 

Et familièrement car cela sied aux belles : 

"Tiens! c’est notre amoureux qui passe!" disent-elles."

J’ai choisi ce poème parce que la nature est centrale dans l’oeuvre d’Hugo et du Romantisme plus généralement, et puis parce que les fleurs printanières du fond de notre confinement, pour les urbains, on en est privés cette année. On n'en voit pas.

Mais peut-être que de toute façon pour les voir, vraiment les voir, voir "leurs petits airs penchés, leurs grands airs coquets", il faut qu’un artiste, un poète les voit pour nous. Nous donne à les voir. Peut-être que Michel Berger, le musicien, avait lu ce poème d’Hugo, peut-être qu’ensuite observant la Montagne de la Sainte Victoire peinte par Paul Cézanne, il avait réalisé qu’à présent il lui était donné de la voir pour de vrai. 

Oui, si le bonheur existe, c’est une épreuve d’artiste. 

Merci Bisous Merci

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