Mais qui était vraiment Joe DiMaggio dit “la Châtaigne”, légende américaine du baseball et époux malheureux de Marilyn Monroe ?

Parce que la capacité d’attente est une vertu proverbialement féminine, et que déconstruire les mythes c’est amusant et rafraichissant, j’ai choisi un essai sur un homme qui a attendu une femme. Dans la mythologie antique, Pénélope incarne la femme qui attend son marin de mari, celle qui sait attendre, qui ne désempare pas. Après elle, VIIIIème siècle avant JC, c’est comme si on en était resté là, dans le story telling populaire : les femmes ça poireaute jusqu’à ce que leur traine-savates de mec daigne se radiner. Barbara dans sa sublime complainte, « Dis quand reviendras tu? » prévient tout de même, l’attendu, dans la dernière strophe : « Je ne suis pas celle qui meurent de chagrin, je n’ai pas la vertu des femmes de marin ». 

Joe DiMaggio, XX siècles après JC, n’a pas su, pas voulu se réchauffer à un autre soleil. Comme son nom l’indique Joe est un homme, un homme qui comme Pénélope appartient à une mythologie, l’américaine. Immense joueur de baseball des années 40, un fils d’immigré italien qui a fait la gloire du Yankee Stadium, admiré par tout un pays, dont Hemingway qui était son pote, et je cite Jérome Charyn : 

Il passait ses journées vêtu de pyjamas à rayures comme un grand enfant gâté doué de l’aptitude perverse à expédier dans les tribunes une balle de cuir cousue avec une telle dextérité qu’un homme sur deux dans le pays rêvait d’en faire autant 

Le baseball vous inspire ce que vous inspire le prélèvement à la source : effroi et confusion? Vous vous dites : « Plutôt que de lire un livre qui cause d’un sport obscur et d’un mec qui est mort avant internet, je préfère manger des tartines de pus », calmez- vous. Jérome Charyn ne s’adresse pas aux techniciens. Il s’adresse à votre petit coeur, faites confiance à Maman. Joe la Châtaigne a pris sa retraite, auréolé d’une gloire intacte et se marie avec avec une starlette en passe de devenir star tout court : Marilyn Monroe. Il est dingue d’elle et la brièveté de leur mariage manque de le rendre dingue tout court, vu qu’au bout de 7 mois, elle se barre pour un intellectuel à lunettes, Arthur Miller, un qui sait bien parler quand Joe est un sportif taiseux. 

Quand ce mariage-là échoue aussi, et que Marilyn suite à un régime strict à base de calmants et de champagne est enfermée dans une clinique psychiatrique, celui qu’elle appelle au secours, c’est Pénélope… euh … c’est Joe. Qui rapplique ventre à terre et qui à coups de « Je veux MA femme », réussit à la faire sortir. Il n’était jamais parti, Joe, il ne partira plus jamais. Il estimait qu’elle lui avait donné le meilleur, il sera là pour le pire : identifier son corps à la morgue, organiser les obsèques, interdire l’accès du mémorial à l’intégralité de la bande à Sinatra ( un peu la ligue du LOL de l’époque) et je le cite « à ces fumiers de Kennedy ». 

Il refusera jusqu’au bout d’écrire son auto biographie, parce qu’il ne voulait raconter aucune anecdote sur elle, « Son seul chant fut le silence ». Et de fait c’est bien les aventures d’Ulysse dont tout le monde se souvient, pas le récit inlassable de l’attente de Pénélope. A la mort de Joe en 1999, Paul Simon vient chanter seul avec sa guitare Mrs Robinson, dans le stade plein à craquer(son) «

Où êtes vous allés Joe DiMaggio, nos yeux esseulés vous cherchent 

Paul Simon pleure et célèbre Joe pour sa grâce et sa dignité, son sens féroce de la vie privée, sa fidélité à l'égard de sa femme et le pouvoir de son silence. Si ça c’est pas de l’amour, je rends mon tablier.

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