Début du chapitre 8, on est au milieu du roman. Le moment où, et ce grand rusé de Zola le sait bien, il s’agit de ne pas mollir. Alors il déconcerte son lecteur. Qu’est ce qu’il lui fait à sa Nana?

Elle vient de flanquer le Comte Muffat à la porte à la fin du chapitre 7, et au début du 8, fin du boulevard Haussmann, elle vit dans un deux pièces, dans le populeux Montmartre avec un comédien du théâtre des Variétés, un de ceux avec qui elle trompait Muffat. Et Nana aime passionnément ce comédien. Passionnément et de manière monogame. Bah alors ça, c’est pas banal.

Parce qu’il est beau? Oh ben non … vu que c’est un acteur comique. L’équivalent pour notre époque d’un humoriste. Description de Zola : 

Une tête de faune (satyre) suant le vice ; c’est un comique d’un talent canaille et original, un mauvais camarade qui casse toujours du sucre sur la tête des autres. Aux répétitions, il semble soumettre à l’auteur des idées dont il doute lui-même et, à la moindre objection, il se vexe et parle de rendre le rôle

C’est la page d’amour de Nana, elle l’aime, il se laisse aimer, elle croque ses économies avec lui et quand elles sont croquées, il la bat. Toutes les qualités, ce Fontan. Elle qui disait : "Jamais on me battra, vois-tu, parce que je mangerai l’homme qui me toucherait", est battue copieusement et remplacée par une autre (qui ne lui arrive pas à la cheville) et flanquée à la rue.

Et voilà, notre Nana (oui c’est ma Nana, ce sera la votre) qui avait été si proche des hauteurs retourne à la rue. Littéralement. A devoir reprendre son métier de départ, la prostituée de rue a perdu de vue la cocotte millionnaire :

Soirées de pluie où les bottines s’éculaient, soirées chaudes qui collaient les corsages sur la peau, longues factions, promenades sans fin, bousculades et querelles, brutalités dernières d’un passant emmené dans quelque garni borgne et redescendant les marches grasses avec des jurons

On notera l’art de la cadence dans cette phrase sans verbe … On note mais distraitement parce qu’on s’affole pour Nana.

Et d’ailleurs? Quand est ce que Nana a cessé d’être un nom propre pour devenir un nom commun qui désigne n’importe quelle femme dans notre siècle, qui semble être l’équivalent de « mec ». Qui semble seulement.

Parce que quand Zola rend ce surnom célèbre, et que la rue se l’approprie, le nom commun « nana » désigne très précisément la compagne du proxénète, du julot, du mâle de Fréhel et des chansons réalistes qui célèbrent les princesses de la rue.

Oui, au départ, une nana c’est une prostituée. Et puis c’est devenu toutes les femmes. 

Je vais pas vous faire une thèse sur la misogynie de notre langue, mes 4 minutes sont écoulées. Une dernière chose : Nana va se refaire. Elle sait bien que 

L’amour ça n’existe pas, c’est une invention pour faire coucher les filles

C’est pas moi qui le dit, c’est Virginie Despentes. 

Merci Bisous Merci …

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.