Dernier chapitre de la vie de Nana

Début de chapitre 10, Muffat revient et il a compris : il paye. Notamment un hôtel particulier dans les quartiers chics.

Et c’est « un lançage brusque et définitif ».

Nana réussit un prodige, elle si godiche à la scène, devient à la ville l’actrice en vue, 

C’était des souplesses de couleuvre, un déshabillé savant comme involontaire, exquis d’élégance, une distinction nerveuse de chatte de race, une aristocratie du vice, superbe, révoltée, mettant le pied sur Paris, en maîtresse toute puissante.

Muffat a exigé en échange la fidélité de Nana, le brave homme, et … il ne l’aura pas. Le détraquement est en route. Nana croque de ses dents aigues tout homme qui passe. Et Zola n’y va pas en douceur, « brusque et définitif », il l’avait dit : Nana croque, Nana s’ennuie, elle croque plus, elle s’ennuie à l’avenant. Elle se détraque.

« Brusque et définitif », ça veut dire que les hommes croqués perdent fortune et santé mentale, et parmi les ruinés, on compte au moins trois suicides, dont un qui se fait flamber dans son écurie avec ses chevaux. Couillon, va … Et Nana? Est-elle le poison, la mouche d’or, le monstre malfaisant qui corrompt le Second Empire? Zola lui fait dire : 

Nom de dieu c’est pas juste ! la société est mal faite! On tombe sur les femmes quand ce sont les hommes qui exigent des choses 

Dans « brusque et définitif », il y a … définitif. Les derniers chapitres sont particulièrement violents, viciés, sans appel; le tourbillon devient ouragan biblique…

Oui, voilà, si Zola était un plat, ce ne serait pas une endive avec un filet d’huile d’olive, ce serait un coucous royal avec boulettes, merguez et poulet. 

Ce ne serait pas une aquarelle de Marie Laurencin, ce serait la coupole de la Basilique Saint Pierre. Ce ne serait pas une petite musique de chambre pour tambourin et piccolo, ce serait un opéra wagnérien. Si tu n’as pas les épaules, lectrice, lecteur, tiens toi loin des Rougon-Maquart. 

Fin du roman : on est en 1870, Napoléon Trois vient de déclarer la guerre à la Prusse, le ministre de la guerre dit à l’Assemblée « Nous sommes prêts, archi prêts »; à lui aussi ça va lui faire tout drôle.

Et pendant ce temps, pendant que les hommes se préparent à faire de leur pire, Nana meurt. Seule dans une chambre anonyme d’hôtel. 

D’une maladie infectieuse et épidémique. Sérieusement, Juliette? Oui, oui, sérieusement. Une épidémie de petite vérole (ou variole) sévissait en France à cette époque, 90 000 morts en deux ans, merci le vaccin!, et Nana en meurt. Alors lequel de tous ces hommes éperdument amoureux veille sur elle ?

Muffat? Non, il pleure sur un banc dans le rue devant l’hôtel.

Fontan, l’acteur comique? Il est prêt à monter la saluer et puis on lui dit que c’est la petite vérole, alors il fait demi tour en expliquant qu’il a FAILLI l’avoir à l’âge de 5 ans.

Les hommes attendent devant l’hôtel, mais Nana n’est pas seule. Sa vieille rivale, Rose, malgré les risques est là, pendant des jours, et des nuits, jusqu’à la fin.

Rose dit : 

Nous n’avons guère été gentilles l’une pour l’autre. Eh bien vous voyez, j’en suis imbécile. … Oh toutes sortes d’idées, une envie d’y passer moi-même, la fin du monde. 

C’est comme ça un classique, ça te rappelle que le monde d’avant c’était le même que le monde d’après. 

Merci bisous merci

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.