Le livre III c’est le livre qui s’intitule "Les Luttes et Les Rêves."

Devant la misère toute la misère dont il est le témoin, la guerre, la tyrannie, la peine de mort, la pauvreté crasse et j’en passe, Hugo se fait voyant avant l’heure (coucou Arthur), et le XIX ième siècle, celui de l’industrialisation, est scruté sans fard. 

En 1856, date de la publication, Hugo n’a pas encore écrit Les Misérables, mais Le Discours sur la Misère, oui, il l’a énoncé à l’Assemblée Nationale devant ses pairs en 1849 : 

Vous avez fait des lois contre l’anarchie, faites maintenant des lois contre la misère !

Bon, ben, quasi deux siècles plus tard, on les attend toujours …

Ceci posé, dans ce livre III, c’est le poème numéro 27 qui m’a attrapée. Bouclez vos ceintures, il est particulier … Il commence de la sorte : « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, parce qu’on les hait ». 

- Oh l’étrange tournure d’esprit ! déclarer son amour pour ce que les autres collectivement abhorrent - Mais quelle idée? Patience, il poursuit : « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, parce qu’on les hait ». et que rien n’exauce et que tout châtie leur morne souhait/ parce qu’elles sont chétives, parce qu’elles sont maudites/noirs êtres rampants/Parce qu’elles sont captives de leur triste guet-apens ».

Quelle tournure d’esprit lui fait inclure dans les monumentales Contemplations qui traitent de tant de sujets élevés et nobles ces deux être déshérités pour les yeux humains?

C’est un peu comme si au hasard de ta visite du Parthénon, entre deux colonnes immenses et immaculées dressées vers les cieux, tu découvrais en te penchant vers le bas un tout petit gribouillis rigolo mais que l’architecte aurait dessiné lui-même. (oui Alex peut-être un dessin de teub …)

Et je mijote, je pense aux futurs Misérables, je pense aux gens de peu chéris par Jojo Brassens et je fais le lien : 

« Gloire à qui freine à mort de peur d'écrabouiller le hérisson perdu, le crapaud fourvoyé ! et gloire à Don Juan, d'avoir un jour souri a celle à qui les autres n'attachaient aucun prix ! cette fille est trop vilaine, il me la faut ».

La tournure d’esprit qu’il faut pour changer le salaud phallocrate légendaire en type iconoclaste … Don Juan et la fille déshéritée, Jojo et le crapaud, Victor et l’ortie et l’araignée, changer les lois, changer nos yeux qui ne voient rien ou mal, et enfin peut-être entendre.

« Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie; tout veut un baiser/ Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie de les écraser / Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe/ Tout bas loin du jour/ la vilaine bête et la mauvaise herbe/ Murmurent : Amour! ». 

Merci Bisous Merci

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.