Cette semaine, Juliette Arnaud a re-lu pour nous 400 pages, mais ça en valait la peine.

Pour son unique roman, lui qui a tant écrit et sous pratiquement toutes les formes, le narrateur dès le premier paragraphe énonce un truc un peu embêtant : un aveu d’impuissance. Ce qui n’est sans doute pas la manière la plus sexy d’attaquer, c’est peut-être même rebutant pour certain.e.s, « Ah ouais d’accord le mec écrit 400 pages alors que dès le départ il sait qu’il est aux fraises» …C’est pas faux… 

Pour autant, parions plutôt qu’il a compté sur cet aiguillon pour exciter nos curiosités. C’est quand même assez audacieux de faire dire au narrateur dont on ne sait jusqu’alors que le nom de famille, et dès la fin du premier paragraphe : « Je n’arrive pas à fixer la limite où a fini ma maladresse, et où a commencé ma faute. Il est probable que je ne le saurai jamais », la lectrice en moi, le procureur également vu que je suis française, ne peut pas s’empêcher de se dire : « Ah oui? Eh bien moi je me pique que je vais deviner, je vais savoir ». 

J’aime autant vous dire que 400 pages et une lecture, deux relectures plus tard, je me suis bien piqué mais je ne sais pas. Je suis passée par tous les états, le haut le bas le chaud le froid, mais la vérité vraie absolue celle où je mettrai ma main gauche à couper et les yeux de Guillaume, je ne la connais pas. 

Bon en même temps, on a tous lu du Zweig, on sait bien que c’est ainsi avec lui. Parmi ses merveilles de nouvelles, une des plus connues s’intitule La Confusion des Sentiments, et pas « Tout tout tout vous saurez tout sur le zizi ». 

Lire Zweig c’est subir la brûlante séduction du mystère, du secret. C’est accepter d’être brûlé un peu, brinquebalé dans les méandres des cœurs beaucoup , perdu souvent. Mais revenons en à ce narrateur, qui raconte dans ce roman une histoire de sa jeunesse quand il était un jeune lieutenant de  cavalerie chez les hussards, en 1913, dans une petite ville de garnison à la frontière austro-hongroise. Et ne pensez pas qu’au vu de son arme, la cavalerie, la plus noble et la plus couteuse, il est un fils de famille : ce n’est pas le cas. On a choisi pour lui que ce serait à cheval qu’il serait soldat, et lui s’en trouve bien. Il a 25 ans, il aime être à cheval, est un bon garçon, pauvre, candide, et quand les autres vont en goguette à Vienne pour leurs congés, lui reste dans la petite ville provinciale, bien sagement. 

Et puis un soir, il est invité à diner un peu par hasard dans une richissime famille du coin, la maison de Monsieur de Kekesfalva et forcément il est drôlement content. Tout le monde est bien habillé, et bien aimable avec lui, la cuisine et les vins sont excellents, et comme c’est pas du vin chaud, il s’enivre un poil, il prend la confiance et quand un petit orchestre commence à jouer, vu qu’il aime autant danser que monter à cheval, il invite les jeunes filles à danser avec lui. 

Et puis, il prend conscience que dans sa confusion de bien-être il a négligé d’inviter la jeune fille du maitre de la maison, une petite jeune fille pâle, alors il la cherche, elle est assise dans un coin à écouter les musiciens, il s’incline devant elle en avançant sa main et là, la jeune fille passe par toutes les couleurs, et s’effondre littéralement. A cet instant, le lieutenant comprend qu’il a invité à danser une jeune fille paralytique. Bon ben la voilà la maladresse. Et la faute? Mercredi … 

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