Aujourd'hui, Juliette Arnaud nous raconte l'épilogue de "La Guerre et La Paix" ! Alors, comment se terminent ces 2 000 pages ?

Je ne vous apprends rien : Pierre n’a pas assassiné Napoléon Bonaparte empereur des français, celui-ci est mort de maladie à Sainte Hélène le 5 mai 1821. Sauf qu’à errer comme un cintré dans Moscou la ville en bois qui s’embrase, il est pris pour un incendiaire et fait prisonnier. Entre son physique massif et son refus d’exiger les égards dû à son rang (vu qu’il refuse de dire qu’il est le richissime comte Bézoukhov), Pierre est emprisonné avec d’autres hommes du peuple, aussi rudement, et puis lorsque l’armée française abandonne Moscou, Pierre est emmené avec les autres. 

Et lui qui avait tant de difficultés dans son monde aristocratique, aussi à l’aise dans un salon mondain qu’un chien pour raper du sucre, dans cet état de prisonnier d’une armée qui commence à penser que l’hiver en Russie peut-être c’était pas la meilleure idée de Napoléon -  Confère Hugo : «Il neigeait/ on était vaincu par son conquête/Pour la première fois, l’aigle baissait la tête/Sombres jours, l’empereur revenait lentement/Laissant derrière lui Moscou brûler fumant. Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche» -  

Pierre donc se révèle : ce qui le rendait gênant avant et je cite Léon « sa force, son dédain des commodités de l’existence, sa distraction, sa simplicité ici au milieu de ses gens lui valaient presque le prestige d’un héros. Et Pierre se rendait compte que cette situation lui imposait des devoirs». Peter Parker alias Spiderman un siècle avant et sous la plume d’un russe. (oui subrepticement je relance la guerre froide...). Et mon dieu quelle plume ! quel russe! quel livre!  2000 pages pour explorer tourtes les formes possibles d’écriture, il y a même des cartes et des équations mathématiques, des échanges épistolaires, une partie du journal intime de Pierre, des essais philosophiques, un roman sentimental s’entrelaçant dans un roman historique, alors oui c’est un classique mais spectaculairement moderne dans la forme. 

Et les majuscules, bon dieu de bon dieu j’allais oublier les majuscules... C’est que Tolstoï s’est escrimé toutes ces pages à remettre l’église au centre du village, à faire tomber les statues des soi disants grands hommes, à valoriser le courage des russes face aux envahisseurs, et pas seulement les soldats, les hommes et les femmes du peuple russe, et il commence à prendre un coup de chaud Léon ... forcément ...  alors  quand il s’agit de rendre à César ce qui est à César, ce n’est pas aux empereurs qu’il tresse des lauriers, mais au vieux général Koutozov celui que personne n’aimait trop avant lui parce qu’il avait reculé à la bataille de Borodino, reculé en laissant Moscou, en laissant Napoléon faire demi tour, faisant confiance à l’hiver et aux milices russes, celui qui ne sacrifierait pas un soldat russe contre dix soldats français. 

Koutouzov le temporisateur, Koutouzov monsieur «Patience et Longueur de temps» pour atténuer autant que possible les souffrances des armées et du peuple. Mais «Patience et Longueur de temps» c’est pas sexy.  Alors Léon se fâche, on est à plus de 1500 pages, et ses lauriers ils les écrits en majuscules. Toute une page écrite en majuscules. Comme quelqu’un qui crie en silence. Et c’est hallucinant. 

Bref, il est temps de me taire. De vous laisser découvrir ce qu’il va advenir de Natacha, de l’heureuse famille Rostov et de Pierre. Une dernière chose. Ce qu’a fini par comprendre Pierre mon Pierrot, ce qui a chassé son «A quoi bon». Avant Pierre cherchait les mérites des gens pour les aimer, quitte à être malheureux en découvrant qu’ils n’en avaient pas tant que ça, et puis, épiphanie : «Aimant les hommes sans raison, il découvrait les raisons évidentes qui les rendaient dignes d’être aimés». Peut-être ça peut aider à passer l’hiver... 

Merci Bisous Merci

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