Les "Mémoires d’une dame de la cour dans la Cité Interdite" de Jin Yi existent grâce la rencontre d’un jeune chinois érudit et d’une vieille Mandchoue illettrée dont les seuls modes d’expression étaient la parole et le geste, une femme qui a été l’Histoire… et qui a passionné Juliette Arnaud.

Jin-Yi nous embarque avec son livre au sein de la Cité Interdite sous l'impératrice Cixi…
Jin-Yi nous embarque avec son livre au sein de la Cité Interdite sous l'impératrice Cixi… © Getty / Amy Eckert

Mémoires d’une dame de la cour dans la Cité Interdite de Jin Yi - Editions Piquier Poche                                                                               

Ce que je sais de la Chine ?

Rien. Ou pas grand-chose. 

Ah si. Que la sieste là-bas est une institution (détail pour vous mais qui pour moi veut dire beaucoup). Et une insulte pittoresque, tout à fait plaisante : « Que ton enfant naisse avec des hémorroïdes » (détail pour vous mais qui pour moi veut dire beaucoup). 

C’est beaucoup mais c’est peu. 

Quant à ce qui se passait avant la Révolution, 1991, entre les murs de la Cité Interdite, que dalle derechef. 

En même temps, c’est bien naturel, elle s’appelle « Cité Interdite », pas « My casa e su casa, viens je fais une fête et tout le monde est invité ». Interdit au péquin moyen d’y entrer (jeu de mot). Mieux : interdit de la regarder. 

Et puis, je tombe sur ce petit livre pas cher, intitulé « Mémoires d’une dame de la cour dans la cité interdite »

… et je pars loin, très loin, il y a très longtemps, là où rien ne m’est familier, et ça c’est extrêmement reposant, comme activité. 

Si le titre t’inspire des pensées de lucre et de fornication, alors passe ton chemin, lecteur voyeur (petit cochon). Ici ce n’est pas les Mémoires d’une Geisha, la narratrice est d’une pudeur immense, elle ne raconte que ce qu’elle sait, les rumeurs, elle s’en moque

Et puis son taf, c’était d’allumer les cigarettes de l’impératrice Cixi, pas de coucher avec l’empereur. Y avait des maîtresses pour ça. Une centaine. Oui, il fallait avoir la santé. Elle préparait le tabac, allumait les pipes et fut mariée contre son gré à un eunuque. Une toute petite vie dans un immense palais secret

Le récit est si précis, si détaillé, que la lecture te donne la sensation d’être la fameuse petite souris. 

Et que l’héroïne est elle même une petite souris, dressée à « marcher sans bouger la tête et rire sans montrer les dents ». Oui, un sacerdoce terrible : des femmes trop jolies prêtes à se défigurer pour ne pas y aller et devenir comme l’héroïne Dame de la Cour, et mener un vie normale

La Cité Interdite possiblement au temps de l'impératrice Cixi (1908)
La Cité Interdite possiblement au temps de l'impératrice Cixi (1908) © Getty / Hulton Archive

Ce livre existe grâce la rencontre d’un jeune chinois érudit et d’une vieille Mandchoue illettrée dont les seuls modes d’expression étaient la parole et le geste, une femme qui a été l’Histoire

Elle raconte la vie dans la Cité interdite, les palais celui de « l’harmonie suprême », celui de « l’harmonie préservée », celui de « l’harmonie parfaite », celui de « des excellences accumulées » ou encore celui de « la tranquillité terrestre ». 

Où les étrangetés surgissent : il y a Cixi qui ne voulait pas de parfum dans son palais, ni d’encens, mais seulement le fumet des corbeilles de fruits, et buvait du lait de femme plutôt que du lait de vache, il y a des rideaux en peau de souris pour l’hiver, le bain pour la partie haute et le bain pour la partie basse, jamais en même temps et le pieds bien sûr… on apprend que se laver les pieds et changer de chaussettes étaient exclusivement fait dans l’intimité et comment les eunuques dressaient les poissons pour venir baiser la main de Cixi. 

Cixi adore le théâtre alors théâtre au palais dont la narratrice et toutes les autres ne peuvent profiter : elles y assistent certes mais debout et parfaitement immobiles quelque temps que cela dure. 

Le seul moment où point la plainte : 

J’ai souvent ressenti l’immense injustice qui sépare l’esclave de la maîtresse. 

Et c’est tout. 

La vieille dame est devenue femme de ménage, elle est très seule, et pourtant, elle raconte la beauté. Elle dit : 

Cette merveilleuse harmonie offrait une atmosphère unique. Aujourd’hui l’eau filtre à travers les toits, les fleurs se fanent, le printemps a disparu. 

Crève-coeur. Merci bisous merci

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