L’économiste en chef du FMI a annoncé qu’ils avaient trouvé un mot pour ce que nous vivons actuellement, deux mots pour les futurs livres d’histoire : « Le Grand Confinement ».

Outre je trouve ça un peu vif comme mouvement, après tout nous y sommes encore, je trouve étrange que le baptême soit officié par le Fond Monétaire International.

Comme si cette affaire se résumait à un chaos économique. Comme si en deux mots, on pouvait dire. En vérité, il n’y a pas de mots. Là tout de suite, peut-être pourrait on avec humilité reconnaître qu’il n’y a pas de mots. Que c’est à la fois trop récent et trop écrasant.

Hugo face à la mort de sa fille ainée - Léopoldine se noie elle n’a pas 20 ans - mettra du temps, lui dont c’est le métier, à mettre des mots sur ce deuil qui d’ailleurs n’a pas de mots. Lui père dont la fille est morte n’est ni veuf, ni orphelin, le français ne lui offre pas de mots. Et il mettra quatre ans à aller se recueillir sur sa tombe. Et puis, un jour, il se décide. Et puis un autre jour, il écrit. Il trouve les mots. Qui sont dans le livre 4, Pauca Meae en latin "Le peu de choses qu’il me reste de la mienne, de ma fille".  17 poèmes et le plus célèbre peut-être d’Hugo, on l’a quasi tous appris à l’école, 12 vers, 3 quatrains, en tout et pour tout, ce poème qui attaque de face : 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends

Ce sera sa seule certitude, "Je SAIS que tu m’attends". Certitude et présent de l’indicatif. Le reste des verbes est au futur, c’est bien naturel, c’est demain, "Je partirai" "J’irai" "Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe"

Un père armé de son bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs parce qu’il ne peut demeurer loin de sa fille plus longtemps se rend sur sa tombe. A l’heure où le reste du monde dort. 

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées / Triste et le jour pour moi sera comme la nuit

Ce deuil impossible, ce chagrin atroce, ça se résume à ça, 12 vers…

ça … ne m’en veuillez pas de l’emploi de ce pronom démonstratif qui peut sembler familier, voire trivial. De tas de musiciens ont mis en musique ce poème, je préfère un autre poète, Polnareff, qui sur le même thème, la mort d’une petite fille, ne s’y était pas trompé. Quand il n’y a pas de mots, il faut le dire, "ça n’arrive qu’aux autres".

ça n’arrive qu’aux autres/ Mais c’était le notre/ Tu sais, la différence c’est le chagrin 

Merci Bisous Merci

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.