Juliette Arnaud reprend sa lecture au moment où Scrooge apprend qu'il va recevoir la visite successive de trois fantômes incarnant le Noël passé présent et futur. Chacun des trois esprits de Noël va lui fait revivre un moment de sa vie...

Après l’annonce faite à Scrooge par son ex associé mort Jacob Marley et qu’on peut résumer par «Tu vas être recevoir la visite de trois esprits dits de Noël», Scrooge a un petit moment de moins bien. 

L’état du fantôme de Marley lui indique assez clairement quel va être son futur proche, il est effondré et il a raison  : il va avoir une veillée de Noël au-delà de déconfinée. Ne pensez pas un peu vivement, exaspérés par l’expérience de ces derniers mois, qu’il a bien de la chance, ce vieux grigou indigne de Scrooge et qu’il n’y en a que pour la canaille. (Ce qui est vrai mais pas tous les jours). 

Dans «Au-delà de déconfinée», il y a «déconfinée», mais il y a aussi et surtout «Au-delà». Les Trois Esprits de Noël n’étant pas, on s’en doute, exactement soumis aux lois communes de la physique; voilà que Scrooge suivant bien malgré lui ses guides va traverser les murs, s’enfoncer dans Londres, quitter la ville, visiter les régions d’Angleterre et puis faire l’expérience du temps qui n’existe plus sous la forme que nous connaissons tous. Un genre de machine à démonter le temps, le temps d’une veille de Noël. 

C’est que les trois esprits l’invitent à faire trois voyages : celui de ses Noëls passés, celui du Noël présent, et son Noël du futur. Vous voyez l’expression «J’ai vu défiler ma vie?», pour exprimer l’imminence de la mort?  Voilà le genre de voyage bien bien déconfiné que va faire Scrooge. Et pour le lecteur, c’est une surprise. 

On ne pouvait que haïr Scrooge, on commence à s’attendrir. L’infame vieux désséché Scrooge a été un enfant. Seul. La veille de Noël. Délaissé donc. Scrooge avait pourtant une petite soeur qui l’aimait énormément. Scrooge a été un amoureux aimé. 

Et puis l’Esprit de Noël Présent lui montre ceux qui pourraient être ses proches, pauvres et moins pauvres, se tendirent chaud ensemble :  évoquer Scrooge, et faire l’effort de ne pas trop le détester. Essayer d’avoir le souci des autres, de leur misère, de leur solitude même si l’autre est Scrooge. L’esprit de Noël en somme... 

C’était ça qui tenait au coeur de Dickens lorsqu’il rédige ce Chant de Noël en 6 semaines entre octobre et novembre 1843.   Il est déjà un écrivain chevronné et à succès et il a la volonté d’alerter ses lecteurs sur la pauvreté, celle des enfants particulièrement. Il faut que les lecteurs ouvrent «la porte close de leur cœur et considèrent les gens comme des compagnons de voyage tous en route vers la tombe». 

Les lecteurs? C’est à dire? Mais comment?! Mais c’est Tout le monde en vérité! En Grande-Bretagne bien sûr, mais ailleurs aussi, les nantis mais Marx également, et puis la Reine Victoria, et les ouvriers même ceux qui ne savent pas lire et se font lire. Pour se faire une idée claire, il est L’équivalent de Dumas (popularité) + Balzac (énormité de l’oeuvre) + Hugo (la morale). Et puis, il n’a pas de cesse, Charles :  Patron de revues, amateur de théâtre, voyageur, lectures publiques (joue ses propres textes), et écrivain prolifique. Tu m’étonnes qu’il meurt d’épuisement à 58 ans. 

Et Scrooge alors ? Va-t-il mourir et finir comme Jacob Marley? Ne vous leurrez pas, ce n’est pas seulement Scrooge, c’est nous tous, ou plus précisément l’endroit où nous tous sommes Scrooge. Ne vous leurrez pas, je ne dévoilerai rien de plus précis - c’est trop tôt pour le miracle de Noël.  En ce qui me concerne en tout cas, cette année grâce à cette re lecture, tu ne t’es pas épuisé pour rien Charlie, je vais aimer Noël. Merci Bisous Merci

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