Juliette Arnaud a lu "L'insoumis" de Judith Perrignon qui est paru aux éditions Grasset.

Qui est au centre de ce livre qui s’appelle L’Insoumis puisque ce n’est pas Mélenchon (lui c’est la République, faut vous le dire en quelle langue ?) Devinette en 3 indices : 

Premier indice  - Sam Cooke 

Deuxième indice -  float like a butterfly

Troisième indice : l’insoumis est triple champion du monde poids lourd de boxe anglaise. 

Ben tout ça c’est bien joli et sans doute admirable mais moi je me fous un peu de la boxe. Sauf qu’il est né en 1942 à Louisville, Kentucky, qu’il s’appelait comme son père, Cassius Clay, et qu’ à 22 ans, il décide de s’appeler Mohammed Ali. Ah …déjà je m’en fous un peu moins. 

Et puis donc, je repense au deuxième indice (son ) , « Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille », et c’est charmant ce choix de mots, c’est intriguant un costaud bonhomme qui vit de la force de ses poings, qui sait que la boxe est un concentré de ce « maudit et violent pays » qui est le sien, et qui se décrit à l’aide d’insectes gracieux et fragiles. Le papillon, l’abeille … 

Et puis celle qui se charge d’écrire son histoire, la journaliste et romancière Judith Perrignon avait commencé, avant ce livre, par en faire une série documentaire pour les ondes. Et que son livre donc retranscrit mot pour mot, précautionneusement, les témoignages des survivants, proches et journalistes. Survivants parce qu’elle parle d’un temps révolu. 

La jeunesse de Mohammed Ali est en noir et blanc, sans jeu de mots quoique …, et qu’il devient d’ailleurs Mohammed Ali en 1965. Le début des sixties … c’est poser avec les Beatles pour leur première tournée US et ne pas savoir qui sont ces 4 maigres gamins rosbifs. Le début des sixties, c’est sentir qu’un vent se lève, par les mots par exemple contenus dans le premier indice (son), Sam Cooke le dit « a change is gonna come » dans ce temps du noir et blanc. Sam Cooke est noir. Mohammed Ali aussi. Sam Cooke est assassiné en 1964. 

En 1964, Cassius Clay à la sortie d’un combat homérique contre Sonny Liston, déclare qu’il est un noir musulman. Il a rejoint la Nation of Islam. ( à ma grande honte c’est ici que je me suis rendue compte que BlackMuslims et Black Panthers ça n’avait rien à voir …) Et il abandonne son nom d’esclave, qui est aussi celui de son père, coucou la famille!, et devient Mohammed Ali. Et si l’Amérique Wasp n’avait pas bien compris que le vent s’était levé - et que c’était pas exactement un petite brise tiède et printanière - MA refuse d’aller combattre au Viet Nam. 

Pour des raisons religieuses, et parce qu’également et je cite « aucun vietcong ne l’a traité de nègre ». C’est pas faux mais l’amérique WASP se fâche. Et puis Malcolm X est assassiné, ML King également, Robert Kennedy idem, « tous ceux qui auraient pu faire quelque chose » pour ce grand vent. MA lui n’est pas assassiné. Il obtient le droit d’être à nouveau boxeur professionnel dans son pays, et on connait la suite. 

Que raconte merveilleusement l’autrice, qui interroge ses biographes, les journalistes sportifs qui l’ont suivi toute sa carrière, l’insoumis est tout et son contraire : sommet de virilité avec une virtuosité de danseuse, une capacité de vannes immense, source inépuisable de divertissement, naïf et immature parfois, un délicieux mélange de narcissisme avec une ombre de cruauté, (traiter Foreman de Belge au Congo en 1974 avant le grand match à Kinshasa), on ne sait pas si on est amoureux ou déçu. 

On accepte d’être les deux en même temps, on ne se savait pas si souple, c’est que voilà à l’instar de Judith Perrignon qui écrit cette histoire d’insoumission en s’efforçant de penser hors du cadre, on fait pareil…

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.