Juliette Arnaud entame l’analyse de cette oeuvre classique, une histoire devenue populaire grâce au film d'Henri Verneuil, "Un singe en hiver" (1962) interprété par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo.

Un Singe en Hiver, puisque oui nous sommes en hiver. Peut-être aussi parce que le film adapté du livre est la plus belle cuite jamais filmée. Surtout parce que ce film justement par sa réussite a écrasé le livre, roman publié un couple d’années avant le film, et lauréat du Prix Inter Allié 1959. Parce qu’un film même excellent, même dialogué par Audiard, réalisé amoureusement par Verneuil et interprété par un déjà vieux Gabin hirsute et impérial et un jeune Belmondo aux yeux de velours triste, dépouille toujours peu ou prou la littérature. Et Antoine Blondin il en faisait de la littérature. Il est âgé de 37 ans, c’est à dire en gros l’âge du personnage incarné par Belmondo, et voilà comment il résume sa vie : 

J’appartiens à la génération du couvre-feu, 17 ans en 40, marié en 45, une génération qui n’a pas eu de vie de garçon - Passé du pensionnat enfant, au dortoir du STO, puis à la chambre conjugale : bref toujours en résidence surveillée. 

Oui, je me suis dit que ça risquait de nous parler, cette affaire … 

La littérature à présent

L’incipit d'un singe en hiver : 

Une nuit sur deux Quentin Albert descendait le Yang tsé Kiang dans son lit-bateau : trois mille kilomètres jusqu’à l’estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d’alcool de riz quand l’équipage indigène négligeait de se mutiner. 

Une nuit sur deux, Quentin rêve de sa jeunesse de soldat en Chine, le reste du temps, il tient un hôtel dans un bled normand avec sa femme, Suzanne, et sans alcool de riz, puisque depuis la fin de la guerre il a cessé de boire. Suite à une promesse faite à lui même pendant le débarquement et sous les bombes : si ils s’en sortaient, lui, Suzanne et l’hôtel, alors il mettrait un terme à sa carrière d’alcoolique. Dieu ou le hasard les a tenus vivants et debout, et Quentin Albert ne boit plus depuis 10 ans quand le livre commence. Mais Gabriel Fouquet lui, boit. Il pourrait par son âge être le fils de Quentin, par son genre d’ivresse également : il est , et je le cite, "le prince d’une bamboche capricieuse" …quand je vous disais que cette affaire allait nous parler. 

Quentin repartait en Chine, Gabriel est toréador en Espagne. Depuis 3 semaines, Gabriel est à Tigreville dans l’hôtel Stella. Hors belle saison, il y a une plage oui mais au « charme difficile ». Je ris encore de l’oxymore, quand Blondin m’achève : 

La plage coiffée par ses villas chancelantes, envahie de sables ingrats, soumise à la surveillance d’un bourg âpre et retardataire 

Qu’est ce qu’il fait là le jeune parigot seul alors que l’automne s’étale? Quel naufrage intime l’a fait s’échouer si loin de ses terres? Mystère … Toujours est-il qu’il « était entré dans cette famille (sans enfants) sans s’en apercevoir ». Mais quoi? Gabriel est sans famille? Personne n’est resté derrière lui ? A l’attendre peut-être? Si si si mais ça attendra mercredi Merci Bisous Merc

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