"Merveilleuse et terrible pièce", dixit Jouvet en 1947. retour sur un classique de Molière avec Juliette Arnaud

Drama Giocoso, le drame joyeux, une pièce qui va de la comédie pure au drame implacable, - la bouffonnerie du valet et la mort du maitre - Où Molière procède à un éclatement de l’action, afin de placer Don Juan et Sganarelle, perpétuellement en fuite, face à de nombreux personnages, à des situations variées permettant de mettre en lumière les multiples facettes de son personnage.

On ne peut pas réduire Don Juan à une seule chose, comme l’a fait ma consoeur. C’est beaucoup de subtilités pour ma faible consoeur, qui est à la nuance ce que Guillaume Meurice est au gainage : peu de choses en vérité, peu de choses…

Mais soit! « Un grand seigneur méchant homme est une terrible chose ». Sganarelle le dit, Molière lui met ces mots dans la bouche, et c’est Molière qui jouait Sganarelle à la création de la pièce en 1665, la messe est dite. (sauf que Don Juan est l’athée foudroyé).

Don Juan est bien né, « grand seigneur », et il n’est pas gentil.

Mais il est aussi « une terrible chose ». Or « terrible » a au moins deux sens : ce qui inspire de la terreur, ET « extra-ordinaire ». Et extra-ordinaire, Don Juan l’est.

Louis XIV ne permettra pas une autre fronde, il tient sa Cour en laisse comme jamais aucun roi avant lui, et Don Juan lui refuse de se laisser domestiquer /ça c’est pour le XVII ième siècle. 

Et c’est si c’est à la sortie de la seconde guerre mondiale, au moment où intellectuellement, moralement, toutes les cartes sont singulièrement rebattues - que débute l’emballement pour la pièce, pas de hasard. 

C’est que Don Juan le personnage incarne l’homme révolté, l’homme qui refuse de croire comme les institutions le lui ordonnent, bref il ne négocie pas son libre-arbitre, c’est l’homme qui dit non.

Mettant son courage physique au service de sa révolte, aller au secours d’un homme qui ne lui est rien mais qui est seul contre trois, Conservant sa curiosité des choses y compris lorsque la Mort en personne, sous la forme d’une statue d’un homme qu’il a tué en duel, vient l’inviter à souper.

Sganarelle panique, Don Juan s’exclame : « Spectre, fantôme ou diable, je veux voir ce que c’est ».

La terreur ne le conduira pas au repentir, Don Juan sait bien qu’il va mourir, il le sait sans doute depuis le début de la pièce, (comme Phèdre il aurait pu dire dès le début « Soleil je te viens voir pour la dernière fois), il est mort vivant, le festin de Pierre n’aura pas lieu. En d’autres mots, la fin est proche, il s’agit de faire face à la chute du rideau, tiens tiens on dirait même d’autres mots très célèbres d’un homme ambivalent, lui aussi, qui chantait « Oui parfois, et tu le sais, j’ai eu les yeux plus gros que le ventre, mais au-delà de tout, quand j’ai eu un doute, je l’ai gobé puis recraché, j’ai fait face en me tenant droit, à ma manière »

Merci Bisous Merci

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