Le conseil littéraire de Juliette Arnaud

La lecture c’est comme l’amour, c’est Fight Club : il n’y a pas de règles

Il est en des lectures comme des histoires d’amour, c’est à dire qu’il en est de courtes qui durent dans ta tête. Et des longues qui s’évanouissent comme une brume d’été. Ces précisions parce que le livre d’aujourd’hui prend fin 110 pages après le début de la lecture. Alors c’est une lecture "straight", à l’os, sans fioritures, on ne s’étale pas, quitte à être frustré, de toute façon on n’a pas le temps d’être frustré vu qu’une fois qu’on est happé par la lecture, ça défile, on fonce et on vise le bout du tunnel. 

Il s’appelle Deux Femmes, il est écrit par Denis Soula, sur la photo de couverture deux femmes casquées sur une moto. Majeure la moto (C’est ma spéciale kass-de-di aux gilets jaunes « la moto a émis ce son qui me réconforte tant », dédicace tout à fait libérale, je n’ai pas de moto, je n’ai aucun moteur, je n’ai aucun permis). 

On suit d’abord leurs deux parcours, un chapitre chacune, pas de lien entre elles, jusqu’à ce que lien il y ait - et « lien » c’est un euphémisme : leurs parcours se percutent, alors la course s’emballe, comme une moto sur une ligne droite, et vous aurez trop la frousse de tomber pour songer à prendre un quatre heures. 

La première femme est définie par son métier. On joue au "face à face" de Questions pour un Champion : je passe ma vie à « courir, nager, sauter dans des fossés, conduire des motos et des camions, faire de la chimie et des équations, dévorer des livres d’histoire, des manuels de géopolitiques, apprendre plusieurs langues, et des notices d’utilisations d’armes et d’explosifs ». Je suis, je suis … Elle bosse pour les Services, elle est "la seule fille du régiment" et elle est de gauche. Ah! ça c’est rigolo. De gauche et Assassin assermenté, si si c’est rigolo. C’est qu’elle ne vient pas des années de Plomb, le SAC/ Pasqua et leurs petits copains : elle, elle a rêvé en 81, elle avait 18 ans, elle a été repérée par un type proche d’Hernu et puis les années ont passé et , je la cite « Les hommes au pouvoir sont restés égoïstes, les femmes sont restées cantonnées, il a fallu arrêter de rêver, et commencer à grandir ». 

L’autre femme? Ce n’est pas son métier qui la définit, c’est qu’elle aussi a une armure : c’est une veste en laine tricotée à la main par les doigts débutants d’une petite fille, la sienne, qui n’a pas eu le temps d’apprendre à faire moins de trous dans la trame parce qu’elle est morte. Et la mère tient debout parce qu’elle a une autre de fille, une plus grande. Une autre fille. Et une moto.

La vitesse monte, ma respiration se bloque, tous sens convoqués, concentrés … Quand j’ai bien pris mon pied, eu suffisamment peur, je décélère, visière et cuir ouverts… l’air glisse sur ma poitrine, bienfaisant. 

Voilà les deux femmes et leur seul point commun : chacune a une de ces passions proverbialement masculines, la moto et le meurtre. Le livre est court parce que délibérément il glisse sur les détails, on ne saura pas pourquoi et comment l’enfant est morte, on sait juste que sa mère n’est pas certaine de survivre au déséquilibre. 

Denis Soula ne verse pas dans la psychologie : ce sont des femmes chacune dans un mouvement, dans une somme d’actions, avec tout à coup le Destin ou les Parques/ chacun choisira qui les réunit. Et c’est la deuxième partie du roman qui attaque. Attaque, je pèse mes mots, indice!, mais je n’irai pas plus loin, j’ai pas le droit, Charline et Alex me surveillent, alors que ça me démange, c’est affreux, il faut que je trompe mon désir de spoil, qui est encore plus fort que mon désir de faire péter les points noirs, « Kayser Sose c’est l’handicapé ». Merci Bisous Merci

" Deux femmes"de Denis Soula est paru aux éditions Joëlle Losfeld le 18 octobre 2018. 

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