La pièce de Molière décryptée par Juliette

La décision de la Cour

La Cour ( oui c’est moi, Juliette, je suis la Cour, tout simplement) a bien réfléchi. Elle a écouté ses collègues, elle a pesé (oui, je parle de moi à la troisième personne, c’est bien agréable). Elle va rendre son jugement. (Oui, elle aime à se bercer du son de sa propre voix).

Sganarelle, à l’instar de Guillaume Meurice, est partagé entre sa couardise et son goût pour les disputes intellectuelles.

Dès le début de la pièce, Sganarelle parle nettement à son maitre : « Je trouve fort vilain d’aimer de tous côtés comme vous faites ». Ça, c’est envoyé.

Don Juan se défend par une question sous forme d’anaphore qu’il martèle : 

Quoi? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne?  

Plus loin : 

Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraine. 

Anaphore, puis oxymore irrésistible, Molière, qui est sensé dénoncer le méchant homme, offre des mots bien séduisants à Don Juan…

Mais la Cour ne reproche pas à Molière d’avoir du talent - reprocherait-on à Charline d’indiquer à ses invités la réponse dans ses questions?

La Cour estime au contraire qu’il est temps d’écouter Don Juan. De le prendre au pied de sa lettre, et de ne plus s’en tenir à sa beauté à lui. C’est que notre monde depuis des siècles maintenant subit la douce violence de son mythe. D’autres que Molière, des tas d’autres, ont écrit des Don Juan. Avant lui.

Après lui aussi, un siècle après Molière, le plus grand musicien lui offre son art 

Et ça ne suffit pas. Encore un peu plus tard, dans le temps, Kierkegaard, oui oui le Danois du traité du désespoir (oui oui le titre est fiable, vous voyez les livres de développement personnel? et ben c’est pas ça) écrit que : « Sa libido s’exerce dans le domaine des  sens, il séduit par la puissance démoniaque de la sensualité, il séduit toutes les femmes ».

Et sans Don Juan, point de Valmont, point de Merteuil, point de Liaisons Dangereuses, le livre épistolaire et ses multiples adaptations cinématographiques, point de : « Cruauté, quel mot a autant de noblesse que celui-là? », ou de « On s’ennuie de tout, mon ange, c’est une loi de la nature; ce n’est pas ma faute ».

Et la transversalité ne prend pas fin au XXième, sans Don Juan, pas de Jules et Jim, où Henri- Pierre Roché donne (enfin!) à une femme des mots donjuanesques : 

Dans un couple, il faut que l’un des deux au moins soit fidèle ... l’autre

La Cour est alors prise d’étourdissement, la Cour est comme maman : elle est fatiguée.

Elle ne condamne pas Don Juan à mort, la Cour est contre la peine de mort et de toute façon Don Juan est mort, la Cour le condamne à l’exil. 

Merci bisous merci

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