Juliette Arnaud a lu le premier livre d'Anne Sylvestre, "Coquelicots et autres mots que j'aime"

Comme souvent les lecteurs, j’ai mes petites habitudes. Pas forcément propres, pas forcément orthodoxes. 

  • Quand ils sont neufs, je les ouvre pour les renifler (et c’est presque aussi bien que la première gorgée de bière). 
  • Je corne les pages et j’écris dessus. 
  • Quand ils m’inspirent, même terminés je les laisse dormir dans mon lit
  • Quand ils me font peur, je les fais dormir hors de ma chambre (Cf American Psycho/ Brett Easton Ellis.) 
  • Enfin, pinacle blasphématoire pour les puristes, pour en choisir un parmi tant d’autres, j’ai une méthode. Je regarde les premiers mots et les derniers. Et si ça me chante à l’oreille, je prends. 

Première entrée, Coquelicot, « C’est un cri ». Je me dis : ça me chauffe. 

Dernière entrée : Amour (mon poney de bataille) : « J’ai rien à dire ou alors, trop! ». J’ai pensé : « Soit. J’en accepte l’augure; si l’amour n’est pas à Amour c’est qu’il est partout ailleurs ». 

Et comme Anne Sylvestre est pudique, c’est une enquête, j’ai relevé les petits cailloux semés. 

Une petite fille qui eut son premier chagrin d’amour à 4 ans, et à 8 ans était sentimentale. 

Une femme qui lit la couleur des mots, et sait que si l’espoir est vert, l’Espérance est bleue, « comme la dentelle des veines au poignet d’un amour impossible ». 

Une femme qui a mesuré ses capacités de croyance, en l’amour, et peut donc écrire à l’entrée Crédule : 

Vous qui n’avez jamais dit/ Je t’aime pour la vie/ je me change en libellule/ Plus besoin d’être crédule/ et je n’ai plus rien à donner/alors vous pouvez m’aimer.

Une femme de chair qui renifle, hume, elle aussi : à l’entrée "Parfum", cette formule 

Il continue d’embaumer même quand on ne vous aime plus. 

Qui sait que manger c’est parfois plus que manger. Ainsi le mot « Soupe » a deux entrées (pluriel et singulier). 

Et la nomade empêchée qu’elle dit être, mais qui comme toute chanteuse/ musicienne revient souvent de tournée. Alors elle évoque ces retours vers une maison où quelqu'un t’aurait préparée une soupe de légumes égayée d’un nuage de lait, alors tu pourrais penser : « Je ne serai plus jamais seule ». 

Si l’amoureuse est partout, la musicienne aussi. Parolière et donc attachée aux mots pour leur sens, mais en même temps, Musicienne, et donc attrape les mots pour leur musique intrinsèque, "Acacia" et ses 3A, "Libellule" et ses 4L, Musicienne et donc sensible aux respirations, comme le petit silence du h aspiré. Par loyauté maternelle, Anne Sylvestre est intransigeante sur le h aspiré. Elle a raison. 

Ainsi le mot Héros. Achille est le héros grec par excellence. Et s’il est avec ses petits potes de l’Odyssée, ils deviennent les héros grecs et s’il l’h n’était pas aspiré, ils seraient les zéros grecs. Embêtant, non? Elle avait bien raison, cette maman. 

Résumons nous : 

  • on mettra de l’amour partout sauf à Amour, 
  • on ne sera pas indulgents avec les gens qui bousillent les silences, mais que fera-t-on aux gens trop bruyants? 

Oui, c’est un poil intéressé, mais voyez vous, lire l’âme des autres, c’est aussi chercher la sienne. Et là, dans ma promenade de mots, j’arrive dans une charmante clairière et je lis : 

S’esclaffer c’est se mettre dans tous ses états, se mettre minable, se faire du bien, exploser et en redemander/ S’esclaffer, c’est mal élevé Mais dieux que c’est bon!  

Voilà, voilà, j’ai ma bénédiction pour continuer de rire comme ça me vient. 

Précision : le Dieu invoqué d’Anne Sylvestre est au pluriel, un bon gros X en queue, pour ça et pour la ballade : merci bisous merci

Références

"Coquelicot et autres mots que j'aime" d'Anne Sylvestre aux éditions Points 

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