Voilà, on y est, c’est notre dernier jour avec Julien Sorel. Et j’en suis navrée. Au programme du bac de cette année, car c’est ce qu’il y a de plus drôle et de plus épique.

Dense aussi, mais surtout c’est une oeuvre organique dans le sens où le lire c’est encore sentir le pouls de Stendhal dans ses veines qui frappe le papier. 

Parce qu’il écrit vite, et même il écrit de mieux en mieux au fur et à mesure du roman, de ci de là il fait des erreurs, on s’en fout, il s’accorde toutes les libertés narratives possibles. Le narrateur omniscient qui est littéralement grignoté parfois par la voix même de Julien. 

Exemple : on passe d’un paragraphe où Julien est « il » à sans prévenir le suivant où Julien devient un « je » halluciné et hallucinant : « Grand dieu pourquoi suis je moi? ».

Puisque le temps me presse, courons à la toute fin. Oui, je spoile, Alex, oui j’ai le droit, je fais ce que je veux, je ne confinerai pas ce que vous êtes tous sensés savoir, merde.

Madame de Rênal, à qui son confesseur a tordu (moralement) le poignet a écrit une lettre au marquis de la Mole et raconte les agissements à Verrières. (séduire une femme mariée) 

Tout semble s’effondrer aux yeux de Julien, il réagit étrangement et lui ,qui n’a eu de cesse de fuguer de Verrières, y retourne pour tuer Madame de Rênal. 

Bien sûr, c’est à l’église qu’il la retrouve, bien sûr, il la rate (alors qu’on qu’il est adroit au pistolet) et se laisse attraper par les forces armées. Il est emprisonné. Mais de toute façon, lui l’ambitieux, « Il n’avait plus d’ambition ».

Avant tout ça, Stendhal lui fait dire : 

Mon roman est fini et à moi seul, tout le mérite 

Alors il renonce à s’évader. Il renonce au procès à manipuler les juges. Il va tout droit à la mort.

Messieurs les Jurés, Je ne vous demande aucune grâce, la mort m’attend, elle sera juste… « Madame de Rênal avait été pour moi comme une mère, mon crime est atroce ». Déjà, ça part mal. Pire 

Voilà mon crime, messieurs, et il sera puni avec d’autant plus de sévérité que je ne suis point jugé par mes pairs … uniquement des bourgeois indignés

C’est plié. Les bourgeois indignés ne le manquent pas. Condamné à mort.

Et là Stendhal fait un truc fou : on est avec Julien qui s’avance vers la guillotine, il ne pense qu’à l’air frais du dehors qui lui a tant manqué, et qu’il retrouve, le grand air et le beau soleil, et … Et rien, rien de plus, il est heureux, et là élipse remarquable, et on le quitte. 

C’est brutal et pudique en même temps. Quand le confinement cessera, j’irai sur la tombe de Stendhal, sur sa stèle à Montmartre, il a fait écrire ces mots qu’il avait soigneusement choisi, des mots en italien : 

Arrigo Beyle, milanese, scrisse, amo, visse. 

Henry Beyle, milanais, il écrivit, il aima, il vécut. 

Merci Bisous Merci

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