le conseil littéraire de Juliette Arnaud

Mon genre de livre chéri, tu l’ouvres, tu lis deux pages et : Aaaaaa y est ! C’est la fin du monde. La cause : pas de châtiment divin (Armageddon), pas de catastrophe climatique (en accéléré), pas d’attaque d’un groupement terroriste et/ ou extra-terrestre, non : une pandémie. C’est comme une épidémie mais massive, et rendue possible par les avions, tu éternues la grippe aviaire que tu as chopé par une poule, tu balaies dans un aéroport de Pékin et un homme d’affaires la rapporte à Washington, la grippe aviaire, pas la poule. Il parait qu’il faudrait une hécatombe pour que l’enfant, pas né, de Meghan et Harry règne : au début de la Griffe du Lion, c’est fait. Enfin non, il ne règne pas, c’est pas le sujet : le truc c’est que 90% de la population mondiale a succombé à La Fièvre. 90% c’est beaucoup. La bonne nouvelle ( oui il y en a une) c’est que ceux qui restent, enfin, un d’entre eux, Willem Storm, y voit l’occasion d’arranger le monde, de le raccommoder, comme le droit de relancer les dés. Sur des bases neuves : « Fonder une communauté avec un sens moral, des principes, une considération mutuelle ». Et il va le faire Willem Storm. Et il l’appellera Amanzi. Mais je vais trop vite. Avant Amanzi, il faut survivre. Et Willem est sur les routes avec Nico, son fils de 13 ans. Willem est pacifiste, non violent, mais c’est pas trop l’ambiance générale, vous l’imaginez bien. Sur les routes d’Afrique du Sud (oui, pour une fois, la Fin du Monde n’a pas lieu aux EU, c’est rafraîchissant). Willem va survivre, il restera non violent mais pas son fils de 13 ans. Scène épatante et terrifiante du basculement de l’enfant. Le point aveugle de toute éducation, la meilleure fut-elle. (son du magnéto) Amanzi, mot zoulou, qui veut dire « eau », se construit : avec des hommes de bonnes volontés. Hhhummph … Deon Meyer est un type bien, alors c’est pas que des hommes, ce sont des femmes aussi, Beryl qui intervient dès la construction politique d’Amanzi : « Pour autant que je sache, on n’a pas dit un nouveau commencement pour des braves gens gouvernés par des hommes d’âge moyen ». Des gens donc de plus ou moins bonne volonté, Willem le penseur idéaliste, le mercenaire qui pense que nous sommes des animaux, le pasteur qui pense que Dieu doit être au centre, la femme ingénieur spécialiste de la flotte (cf Amanzi), la fille soldat qui court la brousse comme une marathonienne kenyane, une mère morte. Ou pas. Et oui, « ou pas », parce qu’en plus d’être intellectuellement stimulant, Deon Meyer a mis 4 ans pour écrire ce livre de 700 pages, alors il est farci de réflexions de civilisation, de politique, d’humanisme, La Griffe du Lion va te bousiller quelques nuits tant le suspense est crevant. Avant même de s’interroger « Quid de la mère de Nico? », on se demande : qui, bon dieu de bon dieu de pelle à crotte, l’année du Lion, qui a tué Willem Storm? Car oui, Willem est mort. Ne criez pas Alex, je spoile un chou : c’est écrit dès les premières pages. Le merveilleux Willem, le doux Willem, le rêveur Willem, le sagace Willem est mort. Pfff toujours les meilleurs. Jamais Voldemort ou Kadirov. Même dans les livres, la vie casse les pieds. Alors oui, la Griffe du Lion en plus d’être une dystopie, une réflexion micro sociale (comment on élève un enfant, c’est quoi une éducation) et macro ( c’est comment qu’on fait une société?) c’est un thriller. Sur 700 pages. Jusqu’à la dernière, meuf, jusqu’à la dernière mec. et comme c’est maintenant en poche, c’est la meilleure économie que j’ai en magasin. Merci Bisous Merci

L’année du lion - Deon Meyer - Editions Points

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