Juliette Arnaud aborde aujourd’hui La guerre de Troie n'aura pas lieu, la pièce la plus célèbre de Jean Giraudoux, qui détourne avec intelligence un classique de la littérature occidentale : l’Iliade d'Homère.

« Il y a bien évidemment du Sophocle dans la Classe Américaine », lisais-je dans la notice historique et littéraire de votre ouvrage.  « Mais bien évidemment! », me suis-je exclamée (en me tapant le front de la main tellement c’était transparent et vrai). 

C’est ainsi qu’une oeuvre magistrale peut naitre : être en même temps farouchement post-moderne tout en s’appuyant sur une maîtrise quasi-scientifique de 25 siècles de la dramaturgie. Sauf que quand on a écrit ça, on n’a rien dit. Ou plutôt « on » a soigneusement négligé de préciser qu’on a « carotte » Jean Giraudoux. 

1935. La guerre de Troie n’aura pas lieu. Un détournement de l’oeuvre qui depuis 28 siècles n’en finit pas d’inspirer l’intégralité de la littérature occidentale, à savoir L’Iliade d’Homère. L’histoire de la Guerre de Troie donc, même lieu, mêmes personnages, même intrigue (shoot again) sauf que Giraudoux intervient avant que la guerre soit déclarée, avant la colère d’Achille, la mort d’Hector (Hector est moooort) et la destruction de la belle cité troyenne. 

Et puis Giraudoux détourne. Sa pièce à lui est une comédie dramatique. Ah oui, ça finit mal quand même. Giraudoux c’est pas Tarantino, dieu merci, ce qui est arrivé est arrivé. (Colère d’Achille, mort d’Hector etc etc). Giraudoux n’est pas complotiste non plus, le titre c’est La guerre de Troie n’aura pas lieu pas « La guerre de Troie n’a pas eu lieu », vous notez la nuance? Mais comédie tout de même : on n’est pas chez Claudel (dieu merci) qui d’ailleurs écrivit après avoir vu la pièce montée à  l’époque par Jouvet : « Cette apologie de la lâcheté et de la paix à tout prix est répugnante ». Mollo Paulo. Oui c’est vrai, Hector va tout faire pour éviter une nouvelle guerre, c’est qu’il en revient, lui, de la guerre, et qu’il l’a bien bien vue, et que c’est bon il a la dose. Comme Giraudoux qui, lui, à la différence de Paulo, s’est cogné les tranchées de la guerre de 14, qu’il a été blessé, et qu’il a vu mourir ses camarades. 

Alors la pièce alterne des moments cruels, et d’autres de drôlerie pure. C’est que peut-être Giraudoux devait connaitre Marx, quand il énonçait que : «Tous les évènements ou personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois, la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce». Qui dans Troie à part Hector refuse la guerre? les femmes, sa mère la Reine Hécube, sa femme Andromaque, sa sœur Cassandre, les servantes. Qui veut la guerre? Les vieillards, c’est à dire ceux qui physiquement ne la feront pas. Ils ne veulent pas rendre Hélène la belle Hélène aux grecs, à son mari grec Mélénas. Et s’offusquent des femmes qui veulent la rendre et ainsi éviter la guerre. 

Ils concluent : « C’est impossible de parler avec ces femmes » Hécube : « Alors ne parlez pas des femmes ». Oui, voilà, faites ça, merci bien. La lâcheté répugnante elle doit être, j’imagine quand l’un des grecs, belliqueux et bas du front s’adresse à Hector, le beau frère d’Hélène en disant « Je suis Oiax, qui es-tu? », Hector répond qu’il s’appelle Hector, Oiax très distingué lui aboie « Moi je t’appelle beau-frère de pute », et Hector au lieu de lui trancher la gorge de répondre : «Je vois que la Grèce nous a envoyé des négociateurs ». 

C’est drôle, c’est élégant et même ça devrait réussir, pourtant la guerre de Troie a eu lieu. Malgré Hécube, malgré Hector. Pourquoi? A vous de lire à présent.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.