Juliette Arnaud relit vingt ans plus tard ce classique de la littérature américaine. Et juliette-post-charlie-hebdo-bataclan-etc frémit bien plus fort à la lecture de ce récit : une petite fille bègue ultrasensible qui devient poseuse de bombe, pour ensuite disparaitre durant cinq ans...

En 1997, l’Amérique a encore ses deux tours à New-York. C’est à dire que lorsque Philip Roth écrit l’histoire du Suédois et de sa fille poseuse de bombe, qu’il se retourne donc vers l’époque où Merry a 17 ans - 1967-il ne sait pas que quatre ans plus tard, en 2001, le terrorisme va frapper salement son pays. 

Et peut-être, ce roman Pastorale Américaine, il ne l’aurait pas écrit, du moins ce ne serait pas tout à fait le même. Ce qui est certain c’est que moi en le relisant 20 ans plus tard, la moi post Charlie Hebdo, Bataclan, Nice ou Saint Etienne du Rouvray j’ai frémi encore beaucoup plus que la moi d’il y a 20 ans. 

Nous en étions à : Seymour Levov, dit "le Suédois", un industriel d'origine juive polonaise, bien installé dans la société américaine, dans sa ferme en grosses pierres, à la campagne, avec des vaches et une balançoire. Comme dans une Pastorale. Et puis, poussez vous ça va péter, la Fatalité arrive avec ses grosses pompes à bouts cloutés, voilà la brusque entrée de l'Histoire avec un grand H dans la vie du Suédois. 

Moi je dis la Fatalité pour faire simple, mais c’est l’objet du roman les efforts désespérés du Suédois pour trouver les mots qui pourraient expliquer (n’en déplaise à Manuel Valls) et comprendre comment sa fille unique et chérie a pu commettre, encore mineure, un acte terroriste, qui fait un mort, puis disparaitre totalement pendant 5 ans. 

En 1967, l’Amérique a pris l’habitude de voir au moment du diner dans ses écrans de l’époque, la télé, des images dures. Au hasard, l’assassinat de leur président, à Dallas. Merry a une dizaine d’années, la famille du bonheur dine, et à la télé, et elle voit à la télé un moine bouddhiste s’immoler. C’était  des choses qui arrivaient alors, ce sont les débuts du bourbier de la guerre du Viet Nam. 

« Sans préavis viennent de s’engouffrer chez eux, le nuage de flammes, le moine au dos bien droit, sa brusque liquéfaction, sa chute ». 

Oui, l’Histoire est entrée chez eux. Merry gosse ultra sensible et en avance, et frappée d’un handicap, mineur certes, le bégaiement, mais handicap des mots, justement, les mots qui ne viennent pas, peut-être à cause de la charge émotive, en est particulièrement bouleversée. Son père vient la consoler de ses cauchemars, la gosse dit dans ses larmes : 

« Est ce qu’il fffaut se ffaire ffffondre dans le ffffeu pour que les gens comprennent? Est ce que ça intéresse quelqu’un? Est ce qu’il y a des gens qui ont une conscience? Est ce qu’il reste quelqu’un dans ce monde qui ait une conscience? ». 

Parents de 2021, vous connaissez peut-être cette sensation terrible : essayer de chasser un cauchemar de la tête d’un enfant qu’on aime, cauchemar qui, bien sûr, se nourrit des images du chaos du monde. Je préfère être honnête : il n’y a pas dans ce roman de remède à ça. De Dream Catcher comme chez les indiens vu que les indiens les cow-boys ils les ont tous tués… Mais il y a le questionnement sans fin, inlassable du Suédois, sa voix broyée mais qui persiste à faire son boulot d’être humain : essayer de comprendre quand même. Même lorsque 5 ans après l’attentat, il retrouve sa fille, qui, elle, a répondu à sa question initiale : Est ce qu’il reste quelqu’un dans ce monde qui ait une conscience?. Et là vous allez me dire, alors tante Juju elle est bien sa réponse? Et je suis au regret de vous annoncer qu’il va falloir vous faire tout seul votre opinion … 

Merci Bisous Merci

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