Seize écrivains des deux sexes et de tous âges expliquent pourquoi ils ont décidé de ne pas avoir d’enfants

Ils vécurent heureux et n’eurent pas d’enfants

Dieu leur dit Quoi ? Oui, c’est pas de moi, cette citation, c’est la Genèse, 

Dieu a dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. - in La genèse. Et ce fut une belle réussite, cette affaire. Vraiment. Dimanche dernier, marche « pour la vie », contre l’avortement, contre tout ce qui empêche la vie, telle que dieu l’a décidé parce qu’en gros c’est Dieu qui décide, pas toi, t’avais qu’à être dieu, idiote. Je ne m’illusionne pas : que c’est pas demain qu’ils vont lire ce livre. Et vous? 

Ce livre c’est : 16 témoignages de femmes et d’hommes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants. Voici leur premier point commun. Leur second : ils n’ont pas choisi ça parce que ce sont de « foutus égoïstes qui ne savent ce qui est Vraiment important dans la vie », citation anonyme mais assez familières aux oreilles de ceux qui n’ont pas procréé. Troisième point commun : ce sont des gens qui écrivent, qui vivent de leur plume. 

Pour info, voici Des écrivaines majeures qui n’ont pas été fécondes (d’enfants), qui n’ont pas rempli la terre (d’enfants, derechef) : Jane Austen, Virginia Woolf, Marguerite Yourcenar, Virginie Despentes. J’ai choisi délibérément des femmes de siècles et de pays différents. Ces 16 sont vivants là-bas aux EU. Alors bien sûr les auteurs sont une petite minorité de gens, comprise dans une autre minorité, celle des gens qui ne font pas d’enfants, sauf que voilà leur métier c’est quand même un peu aussi de regarder notre monde, de le lire, de se questionner. Leur point de vue importe. Première surprise : beaucoup de témoignages commencent par « Je n’ai pas d’enfants et j’en suis très heureuse, même s’il y a eu une époque où j’en voulais plus que tout ». 

Moi qui craignais de lire des histoires de gens prédestinés, de gens si pleins de certitudes que ça m’aurait autant saoulé que ceux qui te disent sans sourciller : « Tu ne peux pas comprendre : c’est ce qu’il y a de mieux sur terre, c’est donner un Sens à la Vie » j’ai été servie. C’est reposant une lecture sans « jamais », sans « toujours », une lecture de gens qui ont changé d’avis. Ou de gens qui se sont adaptés au hasard ou au malheur. 

Deuxième surprise : j’ai ri. Ainsi l’auteur qui après moults visites à des amis parents d’enfants en bas âge s’emploie à « Comparer le fait d’être parent à l’appartenance à une secte, vivre dans des conditions de saleté et de dégradation repoussantes, être sujet aux lubies d’un maître capricieux et dément ». Ou encore quand on demande aux parents comment cette couteuse et contraignante activité peut valoir la peine : les entendre avoir tellement de mal à formuler leurs raisons que ça ressemble au mec qui essaye de te raconter en quoi son trip à l’acide a changé sa vie, mec. C’est que l'on sait bien au fond qu’être parent c’est pas la fête du slip au pays de mon petit poney . C’est un sacerdoce. 

Écoutons cette définition de la femme du poète Hawthorne : 

Une patience illimitée, une tendresse illimitée, une magnanimité illimité - rien moins que ça et nous devons les pratiquer aussi loin que nos forces limitées le permettent 

Mes forces limitées personnelles sont à cette seule lecture pulvérisées. Il est admis que c’est néanmoins un élan humain quasi universel. Pourquoi alors certains d’entre nous semblent de ne pas avoir été à l’école le jour où on avait décidé ça? Des réponses sont là, des réponses honnêtes, courageuse, réfléchies et ce serait dommage qu’elles ne soient lues que par des gens comme moi, des adeptes cette secte-ci, Merci Bisous Merci

Ils vécurent heureux et n’eurent pas d’enfants - Collectif - Editions Kero 

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