Aujourd'hui, Juliette Arnaud ferme le roman d'Antoine Blondin et nous explique ce qu'est "l'autoromachie"...

Je vous avais laissé avec ce mot-valise : L’autoromachie. Comme vous êtes sacrément futés, vous avez pigé : automobile + tauromachie. C’est à dire de périlleuses corridas mais avec des voitures. Blondin invente ce mot d’un jeu qu’il a pratiqué 7 ou 8 fois dans la vie, -oui on n’est clairement pas sur le modèle de l’écrivain enfermé dans son grenier, les genoux sous une couverture en pilou pilou et qui sirote une tisane au ginseng - jusqu’à être suffisamment saoul pour ne pas reconnaitre un véhicule policier… jurisprudence Galabru in Subway, « Police-Menottesprison ». 

Blondin n’en tirait aucune bête fierté : « Jeu dangereux, stupide, infâme pour les conducteurs » et qui nécessite « Du courage physique parce qu’une absence de courage moral ». 

Comment l’autoromachie entre-t-elle dans Un Singe en Hiver? Gabriel va quitter Tigreville. Il n’a pas réussi à dévoyer Quentin Albert. Les deux hommes s’aiment bien. De loin. Mais il s’aiment bien. Se séduisent mutuellement. Le vieux Quentin pétri de routines, pour ne pas rompre son serment à lui-même de rester sobre, regarde Gabriel et pense : « Lui n’a pas d’habitudes; tout ce qu’il fait possède la dignité charmante du provisoire. il invente son chemin ». L’encore jeune Gabriel, lui, se dit que :  

Ce qui est respectable chez les gens âgés ce n’est pas ce vaste passé qu’on baptise expérience, c’est cet avenir précaire qui impose à travers eux l’imminence de la mort et les familiarise avec de grands mystères. 

Sauf que c’est le moment de se dire au-revoir et sans doute adieu. 

C’est un samedi, jour de la Toussaint, Tigreville a retrouvé pour ce jour de la fête des morts quelques couleurs, c’est à dire quelques visiteurs, c’est l’heure du déjeuner, la salle à manger de l’hôtel Stella est pleine, et puis, éclate un tapage qui pousse Quentin à aller voir dehors ce qui se passe. Ce qui se passe c’est qu’au lieu de célébrer les morts en bâfrant en famille un repas calorique et carné, comme un bon bourgeois, comme un bon français, Gabriel Fouquet est en Espagne, un soleil superbe et pas du tout normand illumine l’arène et il torée. 

3 voitures l’ont déjà tant bien que mal évité, la quatrième manque de l’écraser, Quentin intervient pour le sauver de la foule, des gendarmes; de lui-même. Et à partir de là, c’est parti, Quentin a rejoint Gabriel, les dix ans de sobriété vont prendre fin. Par camaraderie, par solidarité, par panache. Et la plus belle cuite/feu d’artifice de la littérature française peut commencer. Oui, beaucoup d’enthousiasme, trop peut-être … 

C’est que Blondin, outre son talent de raconteur, m’émeut. Ce type noceur qui écrivait sur des cahiers d’écolier avec une jolie et gentille écriture ronde, qui s’installait en salle de presse, - Oui, il a été également journaliste, pondant des centaines de chroniques sportives notamment - ouvrait son cahier, allumait une clope, ouvrait une bouteille de bière, et au lieu du bien connu ici « Au boulooooot » de Charline, disait « Au goulot ». Ivrogne sans doute, mais pas dupe de lui-même, ou de son addiction qui disait que

On boit pour être ensemble, on se saoule pour être tout seul. 

Gabriel et Quentin vont enfin être ensemble, on l’attendait depuis 300 pages, on est au chaud avec eux, on explose avec eux, on est en Chine, on est en Espagne et tant pis si ensuite on est à nouveau tout seuls. On repense alors à la fin de la chanson de Maxime Leforestier Mon Frère : « Je t’ai dérangé? Tu me pardonnes/Ici quand tout vous abandonne/On se fabrique une famille ». Même provisoire. 

Merci Bisous Merci

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