Quand on est adulte, on ne mange plus de coquillettes au jambon, c’est dommage. Et puis, on ne mange plus ses croûtes de genoux, et ça c’est nécessaire (au moins en public sinon on a des difficultés à se faire des potes). Enfin on ne relit pas Le Grand Meaulnes.

Deux options, soit parce qu’on sait comme Barbara que  

Parmi tous les souvenirs, ceux de l'enfance sont les pires Ceux de l'enfance nous déchirent

soit parce qu’on en garde un souvenir venant du collège et des lectures obligatoires, un souvenir somme toute rasoir. Quelques 30 ans plus tard, j’ai relu Le Grand Meaulnes, Barbara avait raison c’est déchirant, et pour le reste, n’étant plus au collège, c’est tout sauf rasoir. Ce roman, même si ses personnages sont des jeunes gens, imaginés par un écrivain de 26 ans lui-même, n’est pas destiné aux gosses, et le malentendu sur l’ennui vient sans doute de là.

C’est l’histoire d’un jeune mec qui a pour nom de famille Meaulnes et qui est grand de taille et qui débarque dans la vie d’un autre môme de 15 ans, François Seurel. François est aussi maladif et craintif qu’Augustin est grand, fort et audacieux. Rien pour être des BFF sauf que les deux ont la tête farcie de romans d’aventures. 

Dès son arrivée, le Grand Meaulnes débusque dans le grenier de la maison, où vivent François et ses parents instituteurs, un reste de feu d’artifice qu’il fait péter dans la cour à la nuit tombée.

La mère de François voit son petit piou, le fils unique, le fragile, l’inquiet, devenir adolescent par la grâce d’une amitié qui commence : 

Elle put m’apercevoir l’espace d’une seconde, dressé dans la lueur magique, tenant par la main le grand gars nouveau venu et ne bronchant pas 

Boum! C’était le bruit de La mythologie qui débarque, la mythologie nécessaire à toute grande histoire d’amitié ou d’amour, en avant les aventures.

Ce n’est pas un vain mot, le Ce n’est pas un vain mot, le Grand Meaulnes a la tête dure et le tempérament à l’avenant, il emprunte une voiture à cheval, se paume et ne revient que trois jours et trois nuits plus tard. A son retour, il raconte à François ce qu’il lui est arrivé. 

Deuxième boum de la mythologie : ce que le Grand Meaulnes a vu et vécu l’a ensorcelé, et le récit qu’il va en faire à François va l’enchanter à son tour. "Enchanter" au sens fort, envoûter, comme les petits enfants d’Hamelin avec le joueur de flûte. 

Parce qu’Alain-Fournier est un écrivain loyal, il nous a prévenu dès les premières pages qu’on était dans le royaume de la Tragédie, mais le lecteur ne fait pas vraiment gaffe, il devrait. Alain-Fournier écrit : 

La présence de celui qui transforma toute notre adolescence, et dont la fuite même ne nous a pas laissé de repos 

La Présence puis la Fuite. Des enfants qui deviennent des adolescents sans savoir ou vouloir être des adultes. Comme dans une chanson de Jean-Lou Dabadie. 

Mais revenons à ce qu’a vu le Grand Meaulnes pendant sa fugue de trois jours et trois nuits, il y avait une fête dans un château délabré en pleine campagne, il y avait de la musique et des déguisements, il y avait une jeune fille blonde et … 

Ah flûte, je n’ai plus le temps… demain … 

Merci Bisous Merci

Aller loin

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