Juliette Arnaud continue la lecture de ce classique de la littérature...

Le Sauvage de la Réserve a d’aussi grosses attentes concernant le monde nouveau que nous avec le monde de janvier ou février ou de la Saint Cul où on pourra boire des bières publiquement en écoutant de la musique avec d’autres gens que notre chat. Rien de personnel, Kiki, mais les conversations sur les croquettes c’est pas des conversations/ et puis tu comprends rien au Chardonnay. 

L’origine de sa naissance, une mère du monde nouveau égarée dans la Réserve, l’a mis à l’écart des autres; il est convaincu que là il va enfin trouver les siens. 

Bref délirant de joie, le voilà, il arrive, sous la protection de Bernard Marx, lui -même tout content de devenir populaire, et nous lectrices, lecteurs, nous nous mettons à voir le monde nouveau avec les yeux du Sauvage, lui que Shakespeare a éduqué, la tête farcie de poésie, de transcendance et d’élévation, des tragédies donc, des drames, de l’amour il ne connait rien, en pratique, ou alors il en connait tout puisqu’il connait par coeur Roméo Et Juliette. 

(Qui finit dans la paix et le bonheur, on s’en souvient, même si on l’a pas lu - on sait. On pourrait résumer par : Que serait Juliette sans Roméo? Réponse : Vivante). 

L’administrateur de l’Europe Occidentale, qui s’appelle Mustapha Ménier (mon dieu qu’il est taquin cet Aldous) lui en rappelle les règles : « Les gens sont heureux, ils obtiennent ce qu’ils veulent, et ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent pas obtenir, ils sont en sécurité, ils ne sont jamais malades, ils n’ont pas peur de la mort, ils sont dans une sereine ignorance de la passion et de la vieillesse, ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères, ils n’ont pas d ‘épouse, pas d’enfant, pas d’amant au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ».  

L’éternelle question- dilemme dont la réponse divise l’humanité en deux : il s’agit en vérité de choisir entre souffrir et rien. 

Faites gaffe, c’est comme choisir entre Mamie ou les frites, Alex ou Charline : il n’y a pas de réponse réellement satisfaisante… Le Sauvage lui a sa réponse; elle est nette et sans appel : « Mais je n’en veux pas du confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la vérité, je veux de la bonté, je veux du péché ». 

A quoi, Mustapha Ménier de lui répondre : « En somme, vous réclamez le droit d’être malheureux ». 

Et c’est à cet endroit qu’Aldous Huxley est malin comme une pie : nous lectrices, lecteurs, on ne sait pas, on ne sait plus, on est perdu. 

On se doute bien que le Sauvage voit juste, mais on est fatigué et l’organisation du monde selon Ford, où le conditionnement par l’hypnopédie (apprendre en dormant, assommés par des voix qui nous répètent des vérités simplettes, « 62400 répétions font une vérité »), c’est quand même un peu tentant … 

Je ne vais évidemment pas vous raconter ce qu’il va advenir du Sauvage et de Bernard Marx, je ne vais pas vous expliquer comment ce livre de 1932 résonne douloureusement, au moins autant que 1984 et que s’ils ont l’air de délivrer des oracles opposés, ce n’est qu’un air.

Je vais plutôt réécouter les Doors, qui s’appellent les portes en l’honneur des Portes de la perception, autre titre d’Aldous qui luimême l’avait emprunté au poète William Blake, et essayer de comprendre ce que veut dire « this is the End beautiful friend the end », 

Merci Bisous Merci

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