Juliette Arnaud vous recommande un essai inédit de James Baldwin sur le cinéma

James Baldwin, et c’est heureux, Hosannah!, est redevenu un auteur à la mode, en France. Le pays où il avait choisi de s’exiler dès l’âge de 24 ans. Trop compliqué là-bas d’être noir et homosexuel et sans envie de faire profil bas. « J’aimais mon pays mais je ne pouvais pas le respecter ». Grâce au succès du film de Gregory Peck « I’m not your negro ». Alors on réédite ses livres. Celui-ci, bien que de 1976, Le diable trouve à faire est tout neuf chez nous, jamais édité. C’est heureux, hosannah! derechef, parce que James Baldwin est un écrivain radical. Qui est un adjectif qualificatif à la mode. Sauf que James Baldwin était radical pour de vrai, pas comme quand un magazine féminin propose une mode d’hiver « radicale », par exemple, «Collection radicale chez Golce & Gabanna», James Baldwin est radical latiniste. Du latin Radix « la racine ». Baldwin c’est le dentiste qui te dit après inspection « Ah ouais mais là va falloir creuser dans les racines » et tu pleures. Baldwin même combat mais en bien. 

Christiane Taubira a trouvé une formule plus juste, moins flippante, dit : « un écrivain qui vous oblige à regarder le soleil en face ». Dans ce livre, c’est le Cinéma que James Baldwin t’oblige à regarder en face. Avec un angle, que sans lui, je n’ai pas : lui est noir. Et en cinéma, il touche sa bille : le gars était coloc de Marlon Brando. Alors il dévide ses souvenirs de petit garçon dans les salles obscures. Son amour pour Bette Davis. Bizarre? Non, il s’identifie à elle, lui qui se sent « un petit nègre moche et stupide », à elle qui a comme lui de gros grands yeux, lui les tient de son père qu’il n’a pas connu, qui lui a seulement légué ces yeux-là qui le différencie de ses frères et sœurs. Et puis il grandit, ne cesse pas d’aller au cinéma, et ce son les années 60, avec des films pleins de bonnes intentions, pour les noirs semble-t-il, dont on sait que l’enfer est pavé. 

Autant en emporte le vent, 1939, facile de voir ce qui cloche, même pour des yeux blancs comme les miens, mais quid de Devine qui vient diner ce soir?, Sydney Poitier, 1967. Avant ce livre, je pensais : « Ah c’est chouette, ça change », eh ben pas tant que ça. Baldwin décrypte ça méticuleusement, penchez vous dessus, c’est instructif. Cet épisode ou celui de l’année suivante, 1968, quand on lui propose d’écrire l’adaptation de l’autobiographie de Malcolm X. Episode qui se conclut par : « Je préfèrerai me faire fouetter que de revivre une telle aventure ». C’est que voilà, on touche à une équation de base du cinéma : Et je le cite, lui l’écrivain : « Un film est destiné à être vu, idéalement : moins il parle, mieux c’est. » Méfiance des mots, les images doivent tout dire. Et là où c’est ennuyeux que c’est la violence c’est terriblement photogénique, ça déclasse même à peu près tout le reste, en terme d’efficacité. 

Exemple tout à fait au hasard : ce week-end, à la télé, on aura vu que la violence prend mieux la lumière que la sororité souriante. Bisous les médias, on s’est pas trop trop vu à la Marche des Femmes … on s’appelle, on se fait une bouffe? Voilà pas d’amertume, on finira bien par se comprendre, nous et les autres, et j’ai la sensation que ça ira plus vite à coup de lecture radicale, le Diable trouve à faire, Merci Bisous Merci

"Le Diable trouve à faire" de James Baldwin aux éditions Capricci

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