LA pièce de Racine décryptée par Juliette Arnaud

Sur le thème de l’amour, Roger Vailland a -à mes yeux- plié le game au siècle dernier en écrivant que :

L’amour c’est ce qui se passe entre deux personnes qui s’aiment. 

Concis, propre, limpide (ET permet de faire taire les braves gens qui t’expliquent savamment que ce que tu vis c’est pas de l’amour). Tout est dit. Bravo Roger.

Sauf que, parfois, l’amour c’est tout seul. (Non ce n’est pas ça dont je parle, Alex …)

Parfois la passion amoureuse n’est pas réciproque. Pire, on aime pile la personne qu’il ne faut pas aimer, et là, c’est Jean Racine qui décroche le coquetier.

Avec Phèdre, qu’il considérait comme sa tragédie la plus réussie, avec des piles de 12 syllabes, qui riment, des alexandrins donc, Racine nous conte la journée d’une femme "Ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente" - les mots même de Racine dans la préface - qui, aimant l’homme qu’elle ne doit pas aimer, meurt 24 heures après avoir avoué son crime.

Oui, le mot est lâché "crime". Parce qu’elle est mariée, parce qu’elle est mariée à Thésée qui est roi d’Athènes, parce qu’elle est reine. Reprenons du début comme si nous ne connaissions pas cette histoire vieille de tant de siècles ( Racine revisite un mythe grec déjà largement traité par les poètes et dramaturges de l’antiquité).

Nous sommes à Trézène, (Grèce, Péloponnèse) le jour va se lever et l’air est irrespirable. (tiens, tiens …) 

Thésée le roi guerrier, héros d’un tas de légendes, semble avoir péri lors de sa dernière aventure. (on est sans nouvelles) Sa femme semble sur le point de le rejoindre aux Enfers, "Phèdre atteinte d’un mal qu’elle s’obstine à taire". 

Son fils d’un premier mariage, Hippolyte, annonce qu’il quitte Trézène, n’est pas non plus en grande forme, Théramène lui fait remarquer "Vous périssez d’un mal que vous dissimulez". Et oui, c’est le même mal, l’amour et non, ils ne s’aiment pas l’un autre. Sinon ce n’est pas une tragédie, c’est un vaudeville.

Phèdre aime Hippolyte (adultère plus inceste au second degré, coucou Woody Allen) qui aime Aricie (totale interdiction décrétée par Thésée car Aricie est fille et soeur d’ennemis). Et là, Racine se foire totalement, à mon humble avis. Ne bramez pas, je m’explique.

Lui qui avait à coeur de respecter « la véritable intention de la tragédie », instruire ET divertir les spectateurs, s’il nous divertit (et comment ! et combien!), faillit à nous instruire. 

Les mots de Phèdre au lieu de nous dégoûter à jamais d’aimer de traviole provoquent l’effet opposé, c’est tellement beau et mélodieux et authentique qu’on se prend à souhaiter subir son tourment. Je vous laisse juge : (Guillaume sera Phèdre)

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue;  
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue;  
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler;  
Je sentis tout mon corps et transir et brûler;  
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,  
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables

A demain, pour la suite de la plus grande foirade littéraire, 

Merci Bisous Merci

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