Juliette Arnaud a lu le dernier roman de Serge Joncour.

Les enfants disent qu’un bon livre c’est un livre où il y a un chien. Ou un loup. Du coup, vu le titre, coup double. Là où c’est gâché, c’est que ce livre ne s’adresse pas aux enfants. Du tout. Est ce que vous auriez l’idée de mettre des enfants devant Chiens de Paille de Peckinpah, 1971, ou Délivrance de Boorman, 1972? Ceux, qui répondent que oui, n’hésitez pas à vous inscrire également au stage de développement personnel de Nordhal Lelandais. Des thèmes communs entre le roman et les deux films : des citadins à la campagne, face à la nature, l’irruption de la violence dans des paysages pastoraux, bucoliques. La figure de l’idiot du village aussi. (le banjo dans Délivrance, le Simple chez Joncour qui grâce à cette qualité évite la guerre de 14). L’idée de horde, de bande, de gens dangereux dans les deux films, d’animaux chez Joncour. 

Il y avait un couple aussi chez Peckinpah, il est plus âgé dans le roman. Franck et Lise, respectivement producteur de cinéma et actrice, sont fatigués de leurs métiers. Elle, manifestement plus que lui. Elle, elle dit, le revendique. Et souhaite, pour des vacances, cette maison étrange, isolée - typiquement le genre où dans les films d’horreur pour ados, si tu dis à la nuit tombée, « Bon ben je vais visiter le grenier »,on sait que ton personnage va crever assez rapidement - cette maison si isolée, en haut d’une colline, que ton téléphone n’est même pas en Edge, il est en rien. Au mieux, il te donne l’heure. Franck en est à entendre des sonneries fantômes tellement il est angoissé de ne pas capter. Lise pressent : « Cette colline était une île, ils y seraient totalement seuls , perdus … elle savait qu’ils y seraient heureux. Ou alors ce serait l’enfer ». Franck, au début, il est moins dans l’alternative : C’EST l’enfer. 

Tout ce silence, qu’il vit comme un vide, l’oblige à ressasser ses inquiétudes de boulot. Franck le producteur de cinéma, qui a moins la côte ces dernières années, remâche ses angoisses. Une différence, parmi d’autres, très intéressante : Le couple chez Peckinpah était en âge de se reproduire; Franck et Lise ne l’ont pas fait, se reproduire. Et ses abrutis d’associés trentenaires lui ont fait savoir que « de ne pas avoir d’enfants était une tare, et excluait de fait du grand mouvement du monde, que ça excluait du cycle du vivant ». Franck a encaissé, n’a pas su rendre le coup porté. Alors apparait le chien, le loup, un peu des deux, et avec lui la réapparition chez Franck de sa capacité d’agressivité, de défense. Comme Dustin Hoffman sur l’affiche de Chiens de Paille, sa bonne bouille mais avec le verre brisé de ses lunettes d’intello. Le chien-loup que, bien sûr, Franck veut appeler Alpha. Et Lise, Bambi. 

Ah oui, autre nette différence, ici il y a des femmes. Pas des pitoyables victimes comme chez ce grand misogyne de Peckinpah, il y a Lise qui n’a pas peur ni du grenier, ni des bêtes, et Joséphine, personnage de l’autre récit, celui de la même colline, mais en 1914, qui cherche et trouve son répit : « Au moins dans ces prairies, elle n’était plus une veuve de guerre, ni une vieille fille, ici elle ne sentait rien d’autre qu’elle même, sans quoi que ce soit qui la désigne ou la condamne ». Des femmes qui trouvent la paix. The times they are changin’, my friend. Et le chien-loup, alors? Alpha ou Bambi. Les enfants choisiraient certainement Bambi, , et ils auront raison. Merci Bisous Merci

Chien-Loup de Serge Joncour aux éditions Flammarion

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