Juliette Arnaud revient pour une nouvelle chronique littéraire sur le livre "Abobo Marley" de Yaya Diomandé, sorti le 16 septembre dernier aux éditions JC Lattès, et pour lequel il est le premier lauréat du nouveau prix littéraire « Voix d’Afriques » coorganisé par RFI et les éditions JC Lattès.

Abobo c’est la commune la plus dangereuse d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, et Marley c’est le quartier le moins sûr de la commune d’Abobo. Vous voyez bien : aucun rapport avec Bob Marley, le chanteur, le musicien jamaïcain, le boss du reggae et du mouvement rastafari. 

Rien à voir. 

Et puis si. Quand même. 

Partout il y aura la guerre. Alors pour autant Abobo Marley n’est pas un roman de guerre, ce n’est ni l’Adieu aux armes d’Hemingway (oui oui le mec de Paris est une fête …avant 21h et dans le respect des gestes barrière … ce n’est pas non plus La 317 ième section de Schoendoerffer). 

Mais Mozess le héros d’Abobo Marley mène une guerre. Contre ce qui a été décidé pour lui. Pour ses rêves, non, en vérité pour son rêve qui a pour nom : Bengué. Joli nom pour nous désigner nous autres, l’Europe, la France, Paris, le paradis. Alors oui vu d’ici là tout de suite, le paradis ça peut paraitre un peu fort de café… mais quand même, aux yeux de Mozess comme de tant d’autres, Bengué c’est chouette. C’est hypnotique, c’est classe, pour ce petit garçon qui va mettre toutes ses forces de petit garçon puis d’adolescent puis de jeune homme pour aller vivre à Bengué. Comment? 

Comme l’écrivait Malcolm X : by any means necessary. 

C’est à dire par tous les moyens possibles. Travailler comme un forcené pour mettre de l’argent de côté et se payer visa et billets d’avion. Etre trahi, volé, repartir de zéro. 

La guerre la vraie celle dont parlait Marley est de partout autour de lui, et Mozess lui garde les yeux obsessionnellement fixés sur Bengué. Quitte à ne pas écouter ceux qui en sont revenus de Bengué mais quoi?! les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Quitte à sacrifier l’honneur de sa mère, oui chez lui,

Lorsqu’un enfant réussit, il devient le bien commun, mais lorsqu’un enfant échoue, il devient la propriété de sa mère. 

Oui? C’est pas mieux à Bengué? 

je sais bien, je sais bien… Je ne vais pas vous dire si Mozess l’opiniâtre trouvera la route de Bengué. Ce serait vous priver du plaisir de vous bouffer les ongles en lisant ce roman, et en ce moment le plaisir, voyez vous … 

Merci Bisous merci.

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