C’est l’histoire d’une femme qui prévient sa nourrice, Oenone, dès son entrée sur scène, que c’est la dernière fois qu’elle voit le soleil se lever « Soleil je te viens voir pour la dernière fois »...

... et cette femme qui n’a ni mangé ni bu ni dormi depuis trois jours n’est ni une pleurnicheuse de Caliméro, ni une drama queen de bazar, cette femme sait ce qu’elle dit, à l’acte V, droite dans ses cothurnes, elle expire avec ces derniers vers : 

Déjà je ne vois plus qu’à travers un nuage  
Et le ciel et l’époux que ma présence outrage  
Et la mort à mes yeux dérobant la clarté  
Rend au jour, qu’ils souillaient, toute sa pureté.

Et c’est là que Racine est fort, on ne peut pas s’empêcher de se dire, de lui dire à elle, pendant les autres actes, « Mais enfin, non! c’est pas possible, ça va aller, meuf, tiens le coup ». 

C’est que Racine, le malin, pense au spectateur - après tout c’est du spectacle aussi - et ainsi à la fin de l’acte 1, on apprend officiellement la mort de Thésée. Alors Oenone, la nourrice, qui a élevé Phèdre, tenu lieu de mère, fait son boulot de mère : 

  1. phase 1, le chantage affectif : "Mon pays, mes enfants , pour vous j’ai tout quitté/ réserviez vous ce prix à ma fidélité?"

  2. phase 2 : pense à tes mômes "Le roi n’est plus, Madame; il faut prendre sa place".

Et ça fonctionne. Et Phèdre rencontre Hippolyte pour causer testament, ordre des héritiers et barème des droits de succession… Enfin, officiellement. En réalité, ça dérape. Hippolyte suppose qu’elle est bien triste. Phèdre dérape. Elle s’égare. 

Phèdre, qui se pense veuve, se lance : 

Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée  
Je l’aime, non point tel que l’ont vu les enfers,  
Volage adorateur de mille objets divers,  
Qui va du dieu des morts déshonorer la couche .. 

Oui, Thésée, c’est comme la Parisienne de Marie-Paule Belle, il a une obsession, c’est le sexe. Avec tout ce qui porte tunique. Fille, femme, demi déesse, grecque ou amazone, le gars ne fait pas dans le détail.

Donc Phèdre précise : pas ce Thésée-là, donc pas Thésée du tout …

Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,  
Charmant, jeune, trainant tous les coeurs après soi,  
Tel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que je vous vois

Là, Hippolyte, ne peut plus prétendre ne rien comprendre. Et laisse voir sa surprise et son horreur. Phèdre se jette sur son épée pour en mourir, (coucou Freud) mais Oenone, quasi la maman de Phèdre on le rappelle, s’interpose et lui arrache l’épée des mains. (re coucou Sigmund). 

C’est atroce et comme si c’était pas suffisamment abominable, tuutututt! (trompette) qui c’est qui finalement n’est pas mort? C’est Thésée. 

Et c’est reparti pour un tour. Que vous connaitrez demain… 

Merci Bisous Merci

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