La semaine dernière, Juliette Arnaud nous avait laissés dans un huis clos avec Claudine, un certain Renaud et la discrète Annie...

Quand Colette écrit La Retraite Sentimentale en 1907 elle a 35 ans, sa vie sans Willy commence, il y a aura d’autres maris, plus tard, et d’autres misères, d’autres trahisons et deux très vilaines guerres mais Colette a déjà un plan de carrière : 

Renaître n’a jamais été au-dessus de mes forces

Voilà c’est dit : on ne mourra pas de chagrin chez Colette. On renaîtra. Parce qu’on a la force pour, dans nos biceps de vaillantes, merci bien 

L’arrivée de Colette dans la littérature c’est ce genre de grand coup de frais. Et si son héroïne Claudine a l’air de s’être rangée des voitures - l’air seulement, elle dit quand même des trucs comme "Que dieu me juge …si il a le temps" et ça vaut largement le "Only God can judge me" de Tupac.

Il y a dans la Retraite une autre personnage féminin : Annie la divorcée qui a bien bien profité de son frais célibat pour … comment dire ça … pour connaitre bibliquement de jeunes hommes pendant ses voyages. Et lorsque Claudine cette grande curieuse l’interroge, sursaute aussi un peu, à l’écoute des aventures d’Annie, et lui oppose l’Amour avec un grand A, lorsque Claudine lui demande ce qu’il en est de l’amour dans la vie d’Annie, Annie a une réponse géniale : "Moi c’est mon corps qui pense". 

Et Colette peut bien mettre ces mots là dans la bouche d’Annie et pas de sa fausse jumelle Claudine, personne n’est dupe, cette affirmation c’est du Colette pur sucre, écoutez la développer : 

…Moi c’est mon corps qui pense : Il est plus intelligent que mon cerveau. Il ressent plus finement, plus complètement que mon cerveau. Quand mon corps pense, tout le reste se tait. A ces moments-là toute ma peau a une âme. 

"Corps, penser, cerveau, ressentir, peau, âme", merci beaucoup Madame Colette : la cause des femmes vient de faire en 1907 un bon en avant énorme en associant dans la même phrase ces mots là. 

C’est que Colette a haut et fort revendiqué le droit au plaisir, aux plaisirs : elle a commencé par se ré approprier son écriture, elle est prête à nouer une liaison amoureuse avec une femme, Missy, elle sera journaliste pendant la guerre, membre du Jury du Goncourt, et puis avant ça, longuement, la pantomime, et donc le théâtres, les théâtres, et ceux qui y vivent. Je ne vous cache pas que c’est drôlement émouvant en ces temps confinés de lire sous la plume si peu complaisante de Colette sa vision des théâtres et de ses habitants. 

Un extrait : 

Ils se dépensent follement, recommencent quinze fois le même geste qui peu à peu s’épure, se précise, s’élance lumineux et parfait … ce mélange d’activité hystérique, de flemme trainarde et bougonne, de vanité obtuse, imbécile, de noble opiniâtreté … Ils sont rossards, sensibles, rageurs, gonflés d’eux mêmes puis dévoués tout à coup. 

A propos de théâtre, quid du huis clos dont je vous entretenais mercredi, celui qui réunit dans la maison isolée à a campagne, Claudine et Annie donc et puis Marcel. Ils ont le même âge, ils sont isolés de leurs vies habituelles, Marcel est très joli, tout à fait séduisant, Annie a le diable au corps, comme on l’a bien compris, et Claudine par ennui pourrait vouloir jouer à un petit jeu sans conséquence. Celui d’entremetteuse en mettant de côté un tout petit détail riquiqui : Marcel le dandy ennuyé est tout à fait homosexuel. 

Damn it. Je me demande bien ce qu’il peut advenir. Ah non! moi, je le sais… 

Merci Bisous Merci

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