Juliette Arnaud nous emmène dans l’Angleterre du 19è siècle avec le tout dernier roman de Jane Austen, qui relate une histoire de mariage impossible avec un jeune officier de marine parti à la guerre...

A l’heure où j’écris, je ne sais pas quel est le gagnant 2020 du Prix Goncourt, mais l’écrivaine dont je vais vous entretenir aujourd’hui s’en battait les couettes des frères Goncourt, elle ne les connaissait pas, vu … qu’ils n’existaient pas encore. C’est tout bête : Jane Austen est née quelques décennies avant eux. 

Pourtant ils ont une chose en commun : une transmission dévoyée. Qui peut en effet citer dans ce studio le nom d’un des romans des frères Goncourt? … voilà … personne. 

A part le prix du même nom, on sait surtout par leur Journal, qu’ils prenaient une joie considérable à dézinguer avec acidité et perfidie les autres écrivains, ceux dont on se souvient des titres de leurs romans. Ceci expliquant peut-être cela. 

Quant à Jane Austen, comme son prénom l’indique assez sûrement, elle avait le malheur d’être un auteur à seins, donc lue en gros que par des lecteurs à seins. 

Qui dans ce studio lit des auteurs à seins sans être pourvu luimême de seins? … voilà … personne. Et puis, si j’évoque une transmission dévoyée, c’est que dans l’esprit de la majorité, Jane Austen c’est la meuf qui a inventé la comédie romantique. Tout simplement. 

On l’adapte de nos jours, parfois brillamment au cinéma, avec Ang Lee notamment, Raisons et Sentiments. Dans le Journal de Bridget Jones, sainte patronne de la Nouvelle Chick-Litt, l’amoureux austère de Bridget, la fille qui chante en Play-back All by myself en pyjama dégueulasse/ en fumant des clopes/ en buvant du vin s’appelle Marc Darcy. Comme l’amoureux austère d’Elisabeth dans Orgueil et Préjugés.  

Donc d’un côté, la majorité pense à propos de Jane Austen : Bridget Jones-Céline Dion - et à la fin l’héroïne même mal sapée et perpétuellement au régime épouse son grognon de type. 

Et de l’autre, Henry James, attention auteur sans seins et l’équivalent de notre Proust en langue anglaise, dit lui : 

"J’aurais plus parlé de son génie - de la vivacité extraordinaire avec laquelle elle a vu ce qu'elle a vu et de son inconsciente acuité à le mettre en forme. Anne Elliot nous donne une aussi grande impression de passion que les héroïnes de Sand et Balzac."

Mais nous y voilà : Anne Elliot. l’héroïne de Persuasion. Qui est cette Anne Elliot? Pourquoi la choisir elle et ce roman là, plus que les autres plus connus? Parce que …Céline Dion. Comment elle dit déjà? (Son All by Myself) « Quand j’étais jeune, je n’avais besoin de personne, l’amour n’était qu’un jeu, mais ça c’est loin ». C’est loin, parce qu’Anne Elliot n’est plus jeune. Et de fun, de jeu, elle n’en a pas trop trop. 

Elle a 27 ans, ce qui n’est pas si vieux, mais au début du XIXième siècle, 27 ans c’est affreux surtout si on a 27 ans. Et elle n’est pas mariée parce qu’elle a cédé à la persuasion (d’où le titre) : à 19 ans elle a rencontré un jeune homme, ils sont tombés amoureux, tout était super mais les grandes personnes ont jugé que le jeune homme en question n’était ni assez riche, in assez titré, (que un capitaine de frégate), et comme Anne est une fille respectueuse des convenances et de l’avis de ses ainés, elle a écouté ce qui semblait être la voix de la Raison contre ses Sentiments. 

Elle est traitée par ses soeurs et son père, comme une vieille fille, c’est à dire taillable et corvéable à merci. Pas de fun. Et puis, un jour, 8 ans plus tard, qui revient dans les parages? Oui, tout à fait, le capitaine de frégate …

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