Juliette Arnaud a vu le film de Judith Davis "Tout ce qu’il me reste de la révolution "

La frontière entre l’enfance et l’âge adulte c’est comme celle entre la Corée du Nord et la Corée du Sud : ça n’a pas l’air mais c’est poreux. Zazie dans le métro 1959, un livre, et un film un an plus tard : Le tonton fait visiter Paris à sa petite nièce de province, Zazie, et encense la beauté des Invalides et de son contenu, à savoir les restes de Napoléon et sauf que elle, ce qu’elle veut c’est aller dans le métropolitain, alors elle rétorque : « Napoléon, mon cul. Il m’intéresse pas du tout cet enflé avec son chapeau à la con ». 

C’est un peu violent, certes, et je suis bien certaine que certains y verraient la première étape à des gribouillages mal venus sur je ne sais pas … au hasard … un monument national parisien dédié au départ à célébrer les victoires du Premier Empire … mais oh! calmez vous de suite : c’est la plume de Queneau, puis la caméra de Louis Malle, y a un genre d’accréditation intellectuelle, on a le droit de le dire, même sans être une gosse. 

Et quand j’ai entendu Angèle beugler dans le film « Je l’emmerde la démocratie/ La démocratie c’est la télé », j’ai bien ri. J’ai pensé : « Ah voilà une poreuse ». Angèle a beau avoir un métier sérieux, et être plus vieille que Zazie, Angèle regarde la ville, comme Zazie, et s’en offusque parfois, c’est qu’Angèle refuse le monde des adultes, c’est à dire le monde tel qu’il est. 

Angèle fronce les sourcils, Angèle dessine des majeurs rageurs qui ressemblent à des phallus enragés sur les murs de la ville, Angèle ne cesse pas de demander « Et pourquoi? » aux gens qui l’entourent et qui ont envie de l’encastrer Aux adultes qui lui répondent « parce que c’est comme ça » à ses « pourquoi » - tellement énervant!, dites « Je sais pas » par pitié! - Angèle les traitent d’ogres. Angèle a une solution au mur de Trump, à tous les murs, à toutes les frontières (oui oui le périph est une frontière) : faisons des rues pour relier les gens, les zones, les check points. 

Aux adultes qui lui disent alors qu’elle est par trop naïve, elle répond que taire ses naïvetés, en faire un silence est invivable. Bref, Angèle est tête à claques, certes, et en même temps, elle nous venge. De nos silences dont on n’est pas si fier. Zazie militait intuitivement, sans le savoir, Angèle est grande, elle milite tout à fait consciemment. Le vrai problème avec les militants, à mes yeux, c’est qu’ils ont tendance à dire, comme les mômes d’ailleurs : « l’amour c’est nase ». 

Ce qui revient à s’aligner sur la jurisprudence LF Céline quand il énonce que l’amour c’est « l’infini mis à la portée des caniches ». (Fonctionne aussi avec les bergers australiens et les charolaises). Alors quand débarque dans la vie d’Angèle un chouette gars, vous donc, un gars suffisamment chouette pour te faire une déclaration, La déclaration même, avec la majuscule et tout et tout, bien plus courageusement que France Gall qui, elle, ne la faisait sa déclaration que « quand elle est seule, et qu’elle peut rêver » - petit robinet - Donc lui à voix haute, les yeux plantés les siens, dit : « Je veux tout revoir avec toi / tout refaire », et Angèle s’éclipse. Et Là oui d’accord , tu te dis, bon dieu de bon dieu mais qu’elle est tête à baffes, cette fille. 

Sauf que c’est pour revoir sa mère. Et que sa mère est jouée par Mireille Perrier, Joie extrême!, Mireille Perrier dont il me semblait n’avoir plus vu le beau/ doux / profond visage depuis Un Monde Sans Pitié. Du coup, plus du tout envie de baffer Angèle. Et ensuite? ben ensuite c’est au cinéma… 

Merci bisous merci

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