Tous les chemins mènent à Rome.

Tous les chemins mènent à Rome
Tous les chemins mènent à Rome © Getty

Notre alimentation, notre culture du vin, nos recettes de cuisine et même notre système juridique, sont des portes d’entrée à destination de l’Antiquité. Vous voulez des preuves irréfutables de cet héritage romain à nos sociétés ? En voici deux : la cuisine et le droit. 

Les romains nous ont légué un héritage culinaire riche que nous ignorons bien trop. 

Imaginons qu’il neige à Paris, vous sortez vous promener, il fait froid, vos mains sont glacées. Afin de vous réchauffer, vous commandez un vin chaud. Sans le savoir, vous buvez une recette romaine. Une recette issue de la compilation d’Apicius, un des gastronomes les plus célèbres de l’Antiquité.  

Ça marche aussi si vous vous laissez tenter par un pain perdu au petit déjeuner, ou que vous dégustez un raisiné bourguignon, ou encore que vous vous délectez du goût amer aux vertus digestives : vous consommez encore et toujours romain !

Puis la sauce, parlons-en de la sauce ! Lorsque vous agrémentez votre pièce de bœuf d’une sauce béarnaise, vous faites un clin d’œil aux romains qui ont fait de l’assaisonnement leur marque de fabrique et de la curiosité culinaire leur slogan. 

Mais leur héritage culinaire n’est pas seulement composé de recettes ou de techniques culinaires, c’est aussi des valeurs morales en prises avec l’alimentation et le déroulement du repas : être raisonnable dans sa consommation de vin et de nourriture, manger sainement, avoir un comportement responsable à table, partager un moment de convivialité. 

Loin des clichés cinématographiques qui illustrent des banquets gargantuesques, une débauche de nourriture, le repas romain se déroule donc dans la mesure. 

Tenez. Vous saviez que les romains coupaient leur vin avec de l’eau ? Un sacrilège pour tout amateur de vin mais une façon pour les romains de ne pas tomber dans l’ivresse et de préserver leur santé. 

Morale de l’histoire : In vino veritas ; In acqua sanitas. 

N’en déplaise à Astérix et Obélix, notre société s’inspire directement des « règles de conduite » romaines. 

A commencer par le « manger sain », selon l’Observatoire Société et Consommation, 82 % français sont plus attentifs à leur alimentation qu’avant. Il est vrai que nous achetons de plus en plus de produits locaux issus d’une agriculture biologique : de la viande, des légumes, des fruits et même du vin…naturel évidemment !  

Puis les moments de partage et de convivialité autour d’un bon repas sont encore importants à nos yeux. En effet, selon une étude de l’OCDE de 2018, les français sont les recordmans du temps moyen passé à table par jour : 2h et 11 minutes. Un moment de socialisation important que l’on soit attablé dans une auberge ou dans un trois étoiles ; même si c’est forcément plus compliqué en ce moment.

3 étoiles et la transition avec l’héritage du droit romain est toute trouvée. Car c’est justement cette note maximale de trois étoiles que donne au droit romain un éminent professeur de droit, le professeur Philippe Malaurie dans un de ses célèbres écrits. 

Une note remarquable qui se décompose selon lui ainsi : une cuillère de pragmatisme, une louche de technicité et beaucoup de rigueur. On parle ici du droit romain alors qu’on dirait une notice tout droit sortie du guide Michelin.

Le parfait mélange pour créer un droit qui, encore aujourd’hui, a une influence toute particulière sur notre système juridique et nos lois.

Lorsque l’avocat parle à son client de res derelictae, de l’usus, du fructus, de l’abusus ou utilise des adages tels que Ne bis in idem ou Nemo auditur, ce n’est pas pour faire des effets de manche, mais bien pour dire le droit, ce droit directement issu de notre héritage juridique romain. 

Un héritage qui envahit les palais de justice, les salles d’audience et fait souvent irruption au milieu d’une plaidoirie virevoltante de l’avocat de la défense qui affirme d’une voix éruptive : « Le doute profite à l’accusé. », adage qui provient tout droit du Digeste de Justinien…

Le Digeste, est -il encore une référence à la cuisine ? 

Je sais qu’il est bientôt l’heure du déjeuner, mais non, le Digeste est un recueil de citations de jurisconsultes romains publié en 533 après J.C, dont certains principes ont traversé les siècles jusqu’à nous.  

Cela démontre à nouveau que de notre société à l’époque romaine, il n’y a qu’un pas. 

Un pas de géant à l’échelle de l’humanité. Un pas qui se compte en milliers d’années. Mais un pas qui laisse une empreinte indélébile sur nos modes de vie tout entiers. Tachons de préserver cet héritage et bonne digestion ! 

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