Attention terrain glissant, sujet miné, débat explosif... Ça tire à balles réelles autour de ce label - où plutôt cette certification récente - elle date de 2014 - appelée HVE : haute valeur environnementale.

La récente publication d'un rapport commandé et financé grâce à un crowdfunding par l'association bordelaise Alerte aux toxiques a mis le feu aux poudres : 22 vins revendiquant le label HVE se retrouvent avec des traces de résidus de pesticides et autres joyeusetés de synthèse. Le tout réalisé par un laboratoire agréé COFRAC. Le fond du débat - où chacun accuse l'autre d'exagération ou de fake news et où même le laboratoire en question s'est senti obligé de réagir rompant ainsi son devoir de neutralité et d'indépendance, faut dire qu'il fait aussi du conseil œnologique - ce débat donc, m'importe finalement bien moins que l'histoire de cette norme HVE qui a été créé par le Grenelle de l'Environnement.

D'abord ce nom : mon dieu quand même! On dirait un Haut Commissaire au Plan. N'oublions pas que nos labels sont destinés avant tout au consommateur et pour le dire clair et net : à lui vendre un produit paré de mille vertus. Et qu'est-ce qu'on lui vend au travers de cette dénomination : rien de moins que le top du top, de la Haute Valeur Messieurs Dames, y'a pas plus haut, c'est du sommet garanti, c'est l'Everest de nos valeurs, on y a mis tout notre coeur..., bref, il ne peut pas y avoir mieux puisque c'est écrit Haute Valeur Environnementale....

Pour ceux qui ne veulent pas faire du bio et être certifié AB (pourtant plébiscité par les consommateurs) on parlait avant d'agriculture raisonnée - qui en réalité était tout sauf raisonne -, mais comme la raison c'est pas vendeur il a fallu trouver autre chose et de préférence du rêve parce que ça le rêve ça se vend. Et bien. Et mieux ! Du coup : HVE! Un succès dans la filière agricole d'abord (fruits et légumes en tête) puis qui s'est développé dans le secteur viticole ! Et surtout où ? Et bien dans le bordelais et dans la Champagne, deux régions bien connues pour ne pas être les plus vertueuses en matière d'utilisation de pesticides. De là à parler de greenwashing il n'y a qu'un pas que certains franchissent.

Et puis il n'y a pas que le nom qui est un problème, il y a aussi les critères d'obtention figurant dans les cahiers des charges.

HVE niveau 1, HVE niveau 2, HVE niveau 3 option A ou HV3 option B, je vous ai tout apporté ici et c'est à lire sur le site de l'émission (attention c'est indigeste). En fait c'est un régime principalement déclaratif, l'organisme certificateur pouvant se contenter d'une vérification sur le terrain sur seulement 10% de l'exploitation, certains points de contrôle étant validés aux termes "d'une discussion avec l'agriculteur" et avec un accès à la plus haute certification (HV3 donc) lié à un ratio entre le montant d'achat de pesticides et le chiffre d'affaires, ratio qui ne doit pas dépasser 30% (waou c'est énorme 30%!) ce qui rend les critères faciles à atteindre.

La défense de l'environnement c'est un chemin, chacun y va à son pas, pas qu'il faudrait sans doute accélérer un peu, tous les jours la nature blessée nous le rappelle. Chacun fait comme il peut et je ne porte aucun jugement. Mais la norme HVE comme aboutissement et fin du chemin pour vendre soi-disant plus vert au consommateur, c'est non. La norme HVE c'est un refuge en randonnée, un camp de base dans une ascension, sûrement pas la fin de l'aventure. Et surtout pas au prix de nous faire prendre des vessies gonflées d'intrants pour des lanternes vertueuses.

On déguste quoi ?

Un alcool de poire de chez Marie et Valentin Zusslin

Documentation sur la norme HVE 

L'équipe
(Ré)écouter La chronique de l'avocat gourmet Eric Morain
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