Les réseaux sociaux vont-ils signer la mort de la presse régionale en format papier ? Cyril Petit, rédacteur en chef du JDD, nous explique ce matin que certaines rubriques résistent encore et toujours.

Vous souvenez-vous de ces photos en “rang d’oignons” qui fleurissaient dans la presse régionale ? Pour l’assemblée générale des boulistes, la kermesse de l’école, le bal du troisième âge. On appelle ça “la locale miroir”. Eh bien, elles disparaissent. Avant, 30 personnes sur une photo faisaient 30 ventes du journal. L’équation n’est plus vraie. Aujourd’hui, l’une des 30 personnes photographie l’article avec son smartphone et, hop, la poste sur Facebook aux autres participants. Le journal est pillé et pas un exemplaire n’a été acheté. 

Facebook est donc un concurrent féroce pour la presse locale?

Avant, les associations avaient besoin des journaux pour exister. Désormais, elles ont leurs pages Facebook, qui raconte la vie conviviale locale en photos couleurs, et même en vidéo. Pour faire état de ces évènements, la PQR ne peut plus concurrencer le réseau social très implanté même chez les lecteurs âgés. Un chiffre : 43% des plus de 65 ans sont sur les réseaux sociaux.     

Alors, ils attendent quoi les lecteurs du journal local?

Des infos utiles en lien avec leur territoire : éducation, emploi, travaux, santé… Et des enquêtes. Pendant longtemps, l’info locale a concerné d’abord les gens sur la photo. La Voix du Nord (le titre qui s’est le plus réinventé) a opéré un virage éditorial en instaurant la règle inverse : un article peut être publié si, et seulement si, il concerne des gens au-delà des personnes citées. Ca a l’air d’une évidence, mais c’est une révolution. Exit donc le compte-rendu d’une AG de chasseurs. Autre exemple : Nice Matin développe son “journalisme de solutions” : portraits de Varois qui ont réduit leur facture d’électricité, des azuréennes qui apprennent le Chinois contre Alzheimer, les coulisses de la brigade anti-mégots. Le tout sous forme participative : les lecteurs votent pour des sujets qu’ils veulent voir traités. 

Les patrons de presse vous ont raconté, Cyril, ce qui suscite le plus de plainte chez leurs lecteurs. Et ce n’est jamais un article. 

Jamais. Les lecteurs, dont beaucoup sont abonnés, téléphonent quand leur journal est livré en retard, ou pas livré du tout. Aujourd'hui, le téléphone va sonner chez Ouest-France, une grève ayant perturbé cette nuit l'impression et la distribution. Mais les lecteurs appellent également lorsqu'il y a une erreur dans... les mots croisés ! 

Ah ! donc, les journaux régionaux ne peuvent se passer des pages services ?  

Ca dépend ! Un journal doit être utile, encore une fois. Pendant une semaine, une édition locale du Dauphiné Libéré a publié un mauvais programme ciné. Aucun signalement. Preuve que les lecteurs les trouvent ailleurs. La Bourse aussi passe à la trappe dans une quasi-indifférence. Mais, l’an passé, L’Est Républicain est passé du jeu des « 7 erreurs » au jeu des « 5 erreurs ». Tollé. Pas touche non plus à la météo, aux programmes télé, aux pages hippisme. Attention à l’horoscope : une dame a signalé à son quotidien que sa prévision du jour… était la même que celui de la même date deux ans auparavant. Pas touche, enfin, aux pages nécrologie parmi les plus épluchées. En témoigne la première ligne de ce faire-part de décès paru il y a quelques mois. L’épouse s’adresse à son mari défunt : “Te voici dans la rubrique que tu lisais tant.”  

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