Ce matin, Cyril Petit nous parle des avis de décès dans les journaux. Et malgré la tristesse du sujet, cela commence par un sourire.

Focus ce matin sur les avis de décès dans les journaux
Focus ce matin sur les avis de décès dans les journaux © Getty / Richard Wahlstrom

Il s’appelait Jacques. En mars 2015, cet ex-commerçant de Tourcoing est mort. Dans La Voix du Nord, son épouse Nicole a fait publier le traditionnel avis de décès. Un faire-part classique avec photo du défunt et détails des obsèques. Classique ou presque. Car il commence ainsi : “Te voici dans la rubrique que tu lisais tant.” Car oui, les pages avec les avis de décès sont parmi les plus lues de la presse locale. Et souvent celles parcourues en premier… Elles sont le symbole même de l’info de proximité. Il se murmure que le maire d’une très grande ville française se jette sur cette page dès potron-minet pour savoir à quels veuve ou veuf envoyer fleurs et condoléances ... 

Ces avis sont encore très nombreux dans les journaux...

Par exemple, j’en ai compté 13 dans Le Monde d’aujourd’hui, 29 dans Midi Libre Montpellier, 33 dans L’Est Républicain Besançon, 79 dans Le Télégramme Quimper. Dans La Provence, à Marseille, on trouve même, quart d’heure par quart d’heure, la liste des convois funèbres : 15 sont prévus aujourd’hui. Toutes ces pages sont terminées tard pour avoir les dernières infos. Un oubli ou une erreur dans ces rubriques et c’est une avalanche de coups de téléphone : les lecteurs et les familles endeuillés ne pardonnent pas. On les comprend. 

Ces avis de décès sont également un gros business pour la presse.

Lucratives car souvent très chères. Tout se paie : la ligne supplémentaire, la photo, le symbole religieux... Les tarifs varient en fonction des options, des journaux, de la zone de diffusion. Mais cela va de quelques dizaines à plusieurs centaines d’euros. Privilège des abonnés : ils ont souvent des réductions. Alors soit ces faire-part sont vendus par l’intermédiaire des pompes funèbres, soit les proches des défunts contactent directement les journaux. 

Selon plusieurs médias consultés, ce marché résiste mieux que les autres achats d’espaces mais est en légère baisse. On m’a confié hier que “les gens réduisent la taille des encarts pour payer moins”

Mais pourquoi, en 2019, continue-t-on de diffuser ces avis sur du papier ?

La plupart des journaux publient aussi les avis sur le Web. Une cinquantaine de titres se sont même associés à dansnoscoeurs.fr où l’on peut adresser ses condoléances en ligne ou acheter des fleurs. De son côté, le groupe Rossel a lancé In Memoriam, qui se définit comme le site des avis de décès et du souvenir dans le Nord et l’Est. Autre support utilisé : aux Antilles, ce n’est pas la presse papier qui diffuse les avis de décès, mais plutôt la radio.

Néanmoins, en métropole, le journal imprimé reste en 2019 la meilleure façon d’être au courant d’un décès près de chez soi. Puis, le papier garde la force de l’objet, du tangible. Il accompagne les moments de la vie : à l’opposé de la mort, nombreux sont les parents ou grands-parents qui achètent le journal du jour de la naissance de leur enfant ou petit-enfant. Pour garder une trace.

Parfois, les défunts souhaitent, eux-même, laisser cette trace... 

Cela arrive que les futurs morts écrivent leur faire part. En 2014, La Dépêche du Midi avait publié l’avis, non dénué d’humour, écrit par Georges, 90 ans. Il commençait ainsi : “À la suite de son inévitable décès, Georges Marron a le regret de vous annoncer sa mort.” 

Plus récemment, le 19 avril, Le Monde a publié celui écrit par Louis Bériot, écrivain et journaliste qui fut directeur de l’antenne de France Télévisions. Il est mort à 79 ans ; on se quitte avec ses mots : “Salut la compagnie ! Je pars sans regrets, heureux de la vie riche, exaltante et passionnante qui m’a été offerte ; insatiable curieux du voyage qui s’ouvre à moi. Comment disait Chateaubriand : ‘Il faut finir tôt ou tard.’ Ne vous inquiétez pas, ne me pleurez pas. Riez, aimez et vivez à ma santé.”  

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