On dit souvent que les médias ne parlent que des trains qui arrivent en retard. "La Montagne", quotidien auvergnat, s’en est donné à cœur joie : des dizaines d’articles sur le sujet.

Quand la Montagne convoque le patron de la SNCF
Quand la Montagne convoque le patron de la SNCF © AFP / DIARMID COURREGES

Je vous cite un édito : “Un train qui arrive à l’heure serait même presque accueilli comme une performance.” 

Un autre : “Il y a belle lurette que la SNCF a passé un deal avec la honte.” C’est violent ! L’auteure ? Sandrine Thomas, rédactrice en chef de La Montagne a pris la tête de la fronde sur Twitter. En cause, la ligne Intercité Paris/Clermont-Ferrand. Un jour, 11 h de retard. Un autre, 17h. Des annulations. Des trains en mauvais état. Ras le bol ! Face au silence de la SNCF, elle passe à l’action. Un hashtag, #LaMontagneSengage et une "Une" choc le 11 juillet : “Stop, ça suffit !” Objectif : inviter, convoquer même, le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, et la ministre de l’époque, Elisabeth Borne, à venir s’expliquer “face aux usagers”. 

Et ça a marché ?

Alors le PDG et la ministre ont bien tenté une interview par téléphone. "Trop tard", s’interpose la rédactrice en chef, "c’est aux usagers méprisés qu’il faut répondre" ! Résultat, le nouveau secrétaire d’état aux Transports, Jean-Baptiste Djebari, a fait de Clermont sa première sortie officielle, le 6 septembre. Jusqu’à la veille, la rencontre était prévue dans le train, voiture 11, au départ de Paris-Bercy. Pour des raisons de sécurité, elle a finalement lieu dans les locaux de La Montagne face à 12 lecteurs. Pas d’élus, ni d’institutionnels. La Montagne, épaulée par l’association "Objectif Capitales" avait réuni 2 700 témoignages et propositions de citoyens et le journal obtient le déblocage de 2 milliards d’euros.    

Fait marquant : le journal va intégrer le comité de suivi des engagements et les rappellera au successeur de Pepy à partir du 1er janvier. 

Nous sommes devenus le SAV des usagers de la SNCF, confie Sandrine Thomas. Ils nous signalent les problèmes et envoient des infos.” Le groupe Centre France, qui rayonne dans ce que les géographes appellent la “diagonale du vide”, veut devenir le porte-parole de ces territoires abandonnés. Il vient de créer une cellule d’enquête et veut incarner le journalisme d’engagement. Chaque reporter doit désormais se poser cette question : “Quel impact aura mon article sur les lecteurs ?” 

Avec ces nouvelles pratiques, La Montagne n’est pas seule et revient finalement à ses principes fondateurs.

On a longtemps reproché à la presse locale d’être du côté des institutions ; elle fait tout pour s’en éloigner. Et pour se placer du côté des lecteurs. Elle ne rend plus seulement compte, elle agit. Edito de Sandrine Thomas il y a quelques jours : “S’engager avec vous est notre raison d’être. Nous avons tant de combats à mener ensemble.” Une phrase qui résonne avec celle écrite par Alexandre Varenne, fondateur du journal, dans son premier éditorial : “Nous prétendons travailler au bien public”. C’était le 4 octobre 1919. 

Après-demain, La Montagne aura 100 ans donc. Emmanuel Macron viendra assister aux festivités en Auvergne après avoir participé à un débat organisé par un autre groupe de presse, la Dépêche, à Rodez. 

Croyez-vous que le président fasse le trajet… en train ? Pas certain !     

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