Dans sa chronique, Cyril Petit nous raconte l’histoire surprenante d’un marchand de presse vraiment pas comme les autres. Puisqu’il s’agit d’un particulier qui assure la distribution du journal chaque dimanche... depuis son domicile.

Rencontre avec le plus vieux vendeur de journaux de France
Rencontre avec le plus vieux vendeur de journaux de France © Getty / Mike Van Schoonderwalt / EyeEm

Ce drôle de marchand de journaux, c’est Bernard Michit. A 92 ans, il est peut-être l’un des plus âgés de France. Il habite Chissey-Lès-Mâcon, un village de 259 habitants en Bourgogne. Chaque dimanche, il reçoit chez lui cinq exemplaires (tous réservés) du quotidien local, le Journal de Saône-et-Loire, que "les voisins" viennent lui acheter pour ne pas avoir à se déplacer jusqu’au marchand de Cormatin à 5,6 km de là.

Chez les Michit, distribuer le journal, c’est une affaire de famille. Pourtant, à 92 ans, Bernard vient tout juste de débuter ce "métier"...

Bernard Michit a repris le flambeau de son épouse, décédée le 25 juillet à 86 ans. Depuis 1985, Janine assurait la distribution du JSL de cette façon. Et elle-même avait pris la succession de... sa maman. Cette collaboration du dimanche rapporte quelques dizaines euros par an : 14% du prix de vente (25 centimes par exemplaire). Mais au téléphone, Bernard nous a confié le faire “surtout pour rendre service, pour dépanner les voisins qui ont besoin de leur journal”. Et puis, dit-il, sa “femme l’a toujours fait, alors [il] continue…” 

Cette façon de distribuer les journaux était surtout répandue avant les années 1990, quand le portage à domicile était moins développé. 

On compte encore une dizaine de ces marchands atypiques au Journal de Saône-et-Loire et au Bien Public. Ils vendent entre trois et dix exemplaires chacun, seulement le dimanche quand La Poste ne distribue pas. La Charente Libre en a aussi trois ou quatre, et sept jours sur sept. Au JSL, on les appelle “les porteurs du dimanche” même s’ils ne portent pas vraiment le journal et que les lecteurs achètent à l’unité.

Et les porteurs, les vrais, ceux qui livrent les abonnés au quotidien ?

La France compte environ 21 000 porteurs de journaux (au passage c’est autant que le nombre actuel de points de vente de presse). Ils embauchent vers 2 ou 3 h du matin, livrent entre 200 et 350 journaux et parcourent parfois 80 km. Retraités, étudiants ou actifs, c’est l’activité principale pour certains, un job d’appoint pour d’autres. Ils gagnent environ 20 centimes par exemplaire distribué. Les journaux en cherchent : c’est le cas à Balbronn et Rothau pour les Dernière Nouvelles d’Alsace ou à Bois d’Arcy et Chilly Mazarin pour Le Parisien. 

Pendant le confinement d’abord : comme les marchands de journaux, ils n’ont cessé de travailler, livrant l’info à domicile chaque matin mais aussi rompant l’isolement de nombreuses personnes âgées. 

Dans la nuit du 5 août à Tessy-sur-Vire, Jean-Michel Mouget, livreur de Ouest-France a secouru une dame de 88 ans, qu’il a retrouvée inanimée dans son garage. Malheureusement, les livreurs sont aussi victimes d’agression. En juin, un livreur de L’Est Républicain a été violenté à Besançon ; la semaine dernière, un autre du Télégramme a été roué de coups à Brec’h. Mi-août, la voiture d’un porteur de Presse-Océan a été volée pendant sa tournée à Nantes. Guy a témoigné : “Livrer les journaux, ça me rapportait 300 € par mois et pour moi c’était beaucoup.” Et c’est autant de lecteurs qui risquent d’être privés de leur journal préféré.

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