La semaine dernière, "Le Monde" a publié par erreur une nécrologie, celle de Bernard Tapie, qui souffre d’un cancer, mais qui n’est pas mort du tout ! Cyril Petit nous explique combien les médias et la mort des personnalités, c'est toute une histoire !

Les médias et la mort des personnalités, toute une histoire
Les médias et la mort des personnalités, toute une histoire © Radio France / Cyril Petit

Cyril Petit :“ L’homme aux 1000 vies.” C’est le titre du très long papier préparé à l’avance par le duo d’investigateurs Davet et Lhomme qui est restée en ligne 15 minutes avec des blancs à compléter lorsque la date du décès et l’âge du défunt seront connus. Grosse boulette due à une défaillance technique – qui a nécessité des excuses officielles

Il faut le savoir : des centaines de textes, pas seulement des nécros, sont “en attente” dans les back-office des médias (c’est-à-dire l’endroit où on écrit et stocke les contenus pour le web). Parfois, ces brouillons sont publiés par erreur comme en 2013 quand Metronews avait annoncé la mort de Michael Schumacher (du coup, de plus en plus de sites stockent les nécros sur des serveurs à part pour éviter toute publication automatique) 

Les médias ont tous et toujours préparé en avance ainsi la mort des personnalités…   

C’est même indispensable au cas où le décès arrive juste avant le bouclage d’un journal papier, au milieu d’un JT ou dans une matinale radio. 

On a vu les résultats de cette ultra-préparation pour la mort de Jacques Chirac : des centaines d’articles publiés en rafale dès l’annonce à midi, et des magazines en vente moins de 24 heures plus tard. En deux jours, 26 000 contenus sur l’ancien président ont été publiés, selon la plateforme Press’edd. Cinq fois plus que pour Johnny !  

Combien de nécrologies attendent donc dans “les frigos” des journaux ? 

Les noms restent évidemment secrets mais voici des chiffres. 

Libération, spécialiste des unes de décès collector, dispose d’une trentaine de textes. 

Le Parisien a 16 nécros de 4 à 16 pages, et 3 hors-séries terminés. Les autres, plus courtes, comme pour Marie Laforêt décédée samedi, sont réalisées à chaud. 

Le Figaro en a une centaine. 

Au Monde, on m’a confirmé disposer d’un peu plus de 300 textes. 

Mais ce n’est rien à côté du New York Times. Le quotidien américain m’a indiqué hier en avoir… 1800.  

Une nécro prête des mois à l’avance n’empêche pas des loupés historiques ! 

On attendait la mort de Nelson Mandela depuis le printemps. Elle est arrivée un jeudi soir de décembre 2013. La presse française n’a eu qu’à appuyer sur le bouton pour imprimer son dossier spécial. Mais Libération a raté le coche. Rien dans l'édition du lendemain à la différence des autres titres. Un vrai traumatisme en interne ! 

Les coulisses de ces nécrologies sont parfois surprenantes... 

Surtout quand elles sont prêtes depuis des années. Souvent, le journaliste qui connaît la personne rédige une base, l’actualise de temps en temps et accélère quand l’intéressé vieillit, tombe malade ou que la rumeur enfle. 

Par exemple, la nécro de Chirac publiée dans le New York Times avait été rédigée par un journaliste mort lui-même en 2007 ! 

A Libé, tous ceux qui ont travaillé sur la mythique Une “Sans chichi” avaient quitté le journal depuis longtemps lorsqu’elle a été publiée. 

Dernière anecdote, racontée à Vice.com par la grand reporter du Monde, Raphaëlle Bacqué. Elle était allée voir Charles Pasqua pour préparer sa nécrologie, sans le prévenir. Malin, il lui dit à la fin : “Bon, j’imagine que c’est le seul de vos papiers que je ne pourrai pas lire.“ L’ancien ministre est mort le 29 juin 2015. Peu avant la publication de cet article.

Une chronique signée Cyril Petit

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