Alignant les préjugés et les amalgames, le dernier numéro de la nouvelle émission de M6, diffusé dimanche soir, a provoqué de vives réactions. Explications avec Iris Brey.

Bernard de la Villardière
Bernard de la Villardière © AFP / Philip Conrad / Photo12

L’émission creuse le ras-le-bol des femmes qui ne se sentent plus en sécurité dans l’espace public.

Une réalité mise en scène de manière très problématique, et surtout étayée par des affirmations trompeuses. D’abord, ce n’est pas l’espace public qui est le plus dangereux pour les femmes, c’est la sphère privée, toutes les enquêtes sur les abus sexuels le montrent. Ensuite, ces agressions ne sont en rien un phénomène nouveau. Rappelons qu’au XIXème siècle, la longueur de la robe d’une femme n’a jamais empêché le harcèlement. Enfin, l’émission insiste sur un lien direct entre immigration et harcèlement sexuel, notamment en filmant les propos sexistes des hommes vivant à Creil (Oise) en caméra cachée, sans montrer leurs visages. Bref, un amalgame terrifiant.

On entend même Bernard de Villardière lancer à la fin de l’émission : « Est-il impossible de dénoncer le harcèlement de rue sans être taxé de racisme ? N’y a t il pas dans certains quartiers un facteur culturel ou religieux qui conduit à ce harcèlement ».

Non, non et non. Ce n’est ni une religion, ni un lieu géographique, ni une culture qui conduisent au harcèlement, mais ce qu’on appelle la culture du viol, qui promeut un climat où les agressions sexuelles sont permises et c’est un système patriarcal qui ne les punie pas. La culture du viol, c’est quoi ? C’est une tolérance pour un environnement qui banalise et minimise le viol et les agressions sexuelles par le langage et les images qui nous entourent dans notre vie quotidienne mais aussi dans les médias et dans la sphère culturelle.

Est-ce que Dossier Tabou participe à cette culture du viol ?

Il me semble, oui. Déjà parce que ce terme n’est jamais prononcé ni expliqué. Mais en plus l’émission renforce l’idée que le sexisme n'est véhiculé dans la culture que par le porno, le rap et la pub. Je rappelle, moi, que les paroles « J’ai envie de violer des femmes/De les forcer à m’admirer » ne sont celles non pas d’un rappeur ... mais de Michel Sardou, dans sa chanson "Les villes de grandes solitudes".

Sur M6, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, veut une campagne institutionnelle à destination des hommes pour les sensibiliser à la notion de consentement, pour que le harcèlement ne soit plus seulement une histoire de femmes.

Et elle a raison. Mais ce qui est fou c’est que Marlène Schiappa n’a pas réagi aux problèmes posés par l’angle de Dossier Tabou. Cependant, elle a fait un signalement au CSA pour les propos tenus à l’encontre de Sandrine Rousseau dans l’émission On n’est pas couché. Et pourtant, l’échange entre Angot et Rousseau, lui, questionne la manière dont la parole des femmes agressées est entendue. Chacune remet profondément en question la responsabilité des institutions politique, juridique, et médiatique. En une phrase, Christine Angot a résumé ce que Dossier Tabou n’a pas su articuler en 1h30 : les femmes doivent « être reconnues en tant que personne et plus en tant qu’objet ».

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