Il existe une dizaine de collectifs d’enquêteurs au monde. Le plus connu est l’ICIJ, actif dans 70 pays, à qui on doit les Panama Papers et les LuxLeaks. Mais on s’allie aussi au niveau régional pour enquêter. Voici le "Data + Local".

Des quotidiens régionaux se regroupent pour enquêter
Des quotidiens régionaux se regroupent pour enquêter © Maxppp / WOSTOK PRESS

Ce collectif s’appelle Data Local et regroupe des journalistes d’une quinzaine de journaux régionaux, dont Sud Ouest, Le Parisien, La Montagne, Ouest France, La Dépêche du Midi, Le Progrès, La Nouvelle République, Nice Matin, La Voix du Nord… Il est né en en octobre 2017 au pied du Puy-de-Dôme à l’initiative du groupe Centre France. Il œuvre pour le droit d’accès des journalistes à des données publiques ; il les dissèque et y cherche des infos pertinentes pour les lecteurs.    

La grande enquête “Transparence CHU”

Le 11 janvier, ils ont beaucoup fait parler d’eux avec une initiative inédite : la grande enquête “Transparence CHU”. 

Des milliers de données, 35 journalistes, 15 titres, 2 mois de travail et une même date de publication pour tous. “Les hôpitaux sous perfusion”, titre Le Bien public, “CHU et labos : les liaisons dangereuses” (La Nouvelle République), “Hôpitaux et labos, des liens gênants” (Le Télégramme). 

C’est une première et un coup retentissant pour la presse régionale, qu’on dit parfois (et à tort) frileuse sur les scoops ! En croisant les données publiques du fichier “Transparence Santé” du Ministère avec l’annuaire santé qui comporte l’identifiant des médecins, les journalistes ont analysé les millions d’euros versés par les labos pharmaceutiques à des praticiens dans 20 hôpitaux publics : jusqu’à 100 000 euros pour certains. Ils ont aussi découvert un docteur qui recevait de l’argent sous 8 identités différentes.

Comment s’est passé ce travail en commun ?

Tout a commencé en octobre quand le datajournaliste de Sud-Ouest Frédéric Sallet a repéré cette base de données publique. Plutôt que de travailler seul dans son coin, il en a parlé au collectif. Chaque quotidien local a alors enquêté sur son CHU tout en se coordonnant pour avoir une méthodologie commune, recouper des infos, interroger le Ministère et publier en même temps afin d’avoir un effet national puissant. Et pour faire des liens entre leurs articles. Chacun ayant sa zone géographique de prédilection, ils ne se sont pas marché sur les pieds. 

Souvent, les titres de Presse Quotidienne Régionale se parlent sur le marketing ou la pub (avec des campagnes communes) ; sur l’éditorial c’est plus rare sauf pour des grandes interviews, du Président notamment. Data local avait déjà travaillé sur les forfaits post- stationnement, les 80 km/h et les nappes phréatiques. Là, il a pris une autre ampleur. Et il est à l’œuvre pour étudier de nouvelles données… autour des municipales. Le collectif vient de lancer "Si j'étais maire", afin de recueillir les priorités des habitants. Et peut-être les comparer entre les régions. 

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