En cette rentrée, une mauvaise nouvelle : l'avenir de la presse quotidienne locale se porte très mal au Québec... 6 des 10 quotidiens payants du Québec sont menacés de disparition dans les prochaines semaines. La plupart de ces journaux sont centenaires et lus par plus de 700 000 personnes chaque jour.

Au Québec, la presse locale en mode survie
Au Québec, la presse locale en mode survie © Getty / oonal

La Tribune de Sherbrooke, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d'Ottawa-Gatineau, La Voix de l'Est de Granby, Le Quotidien-Le Progrès de Saguenay-Lac Saint Jean et Le Soleil de Québec... S’il disparaissaient, une grande partie des habitants du Québec se retrouvera dans un désert médiatique d’info de proximité. Même la capitale, Ottawa, officiellement bilingue, n’aurait plus de quotidien en  français. 

Pourquoi sont-ils menacés ? Tous appartiennent au groupe Capitales Médias, au bord de la faillite. En dix ans, les revenus de ces journaux ont baissé de moitié et le groupe doit près de 18 millions d’euros à ses créanciers. Le 19 août, le gouvernement de Québec l’a placé sous assistance respiratoire avec un prêt d’urgence de 3,4 millions. Au niveau fédéral, le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est dit “très préoccupé”. Je le cite : “On va toujours être là pour regarder comment on peut aider tout en respectant l’indépendance des médias.”

Ce prêt devrait permettre à ces journaux de tenir jusqu’à fin 2019. Mais après ?

L’objectif de cette perfusion est que les journaux soient vivants pour permettre leur rachat. Mais par qui ? Principal candidat : le groupe Québécor. Problème : il possède déjà deux quotidiens payants (dont le plus important, Le Journal de Montréal) ; plus un gratuit ; plus la principale chaîne de télé privée, TVA. Le pluralisme de l’info s’en trouverait donc malmené. Le patron de Québécor, lui, dit qu’“il vaut mieux une concentration de la presse que pas de presse du tout”. Si ce rachat se faisait, il y aurait deux géants de l’info : le privé Québecor et l’audiovisuel public Radio Canada. Autre piste : la création d’une coopérative de travailleurs, qui deviendrait actionnaire, en partenariat avec des investisseurs. Comme à Nice Matin, en France.

Malheureusement, cette crise touche toute la presse au Québec. Selon le Centre d’étude des médias de l’université de Laval, 82 médias ont fermé au Québec entre 2011 et 2018 dont 57 hebdomadaires (soit un tiers). Bref, c’est la panique ! Raisons principales de cette crise : la baisse des revenus publicitaires qui ont fui vers les géants du numérique. Et la croyance historique en la gratuité : au Québec, l’abonnement sur le Web n’est pas développé et les articles sur Internet sont la plupart du temps lisibles sans payer. Principal exemple : le quotidien La Presse, qui a abandonné son modèle payant sur le papier fin 2017, pour ne publier que sur le numérique, en gratuit. Afin d’éviter le marasme, les journaux ont lancé récemment des souscriptions de soutien sur leurs sites. Espérons qu’il ne soit pas trop tard.

Face à cette crise sans précédent, une grande concertation a lieu en ce moment au Québec. Quelles solutions peut-on apporter alors ?

Le sujet est hautement politique à quelques semaines des élections fédérales fin octobre. La semaine dernière, une commission parlementaire a entendu tous les acteurs des médias. Parmi les pistes envisagées : la création d’une taxe pour les géants du numériques (le modèle de la Taxe Gafa en France est très observé) ; l’élimination de la contribution des journaux pour le recyclage, qui a augmenté de 340% en dix ans ; le retour de la publication des avis publics dans les journaux ; ou encore la création d’un fonds d’aide public à la presse, comme cela existe en France.

Et en parallèle, les journalistes et les citoyens se mobilisent. La Fédération des journalistes du Québec a lancé une grande campagne “Je soutiens mon journal” à coups de tracts, autocollants, tribunes, rassemblements… Objectif : convaincre qu’il n’y a pas de démocratie sans presse locale. Terminons avec cette citation du président de cette Fédération, Stéphane Giroux : « Les gens pensent parfois qu’ils n’ont pas besoin de leurs journaux parce qu’ils ont les nouvelles sur internet… C’est comme dire que je n’ai pas besoin d’agriculture parce que j’ai un supermarché. Ça ne marche pas. ». A méditer chez nous aussi.

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