Il est un bastion tenu par les hommes blancs de plus de 50 ans qui est en train de tomber : celui du late show, case de troisième partie de soirée, mélange de talk show et d'émission satirique sur la politique. Explications avec Iris Brey.

Priyanka Chopra sur le plateau du "Tonight Show avec Jimmy Fallon" au Rockefeller Center le 13 mars 2017 à New York.
Priyanka Chopra sur le plateau du "Tonight Show avec Jimmy Fallon" au Rockefeller Center le 13 mars 2017 à New York. © AFP / Theo Wargo / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Late Night with Jimmy Kimmel, Late Night with Conan O’Brien, Late Night with... : il y a une promesse quasiment érotique dans le titre de ces émissions « late night with », comme si on allait passer un bout de la nuit avec quelqu’un. Dans les années 1960 et pendant trente ans, ça a été Johnny Carson, en costard, accueillant ses invités sur un sofa. Le format n’a pas bougé mais, depuis deux ans, une vague de nouveaux présentateurs transforme le petit écran américain et avec lui, l’incarnation de la virilité américaine.

David Letterman et Jay Leno

Des années 1980 et 1990, il n’y a avait vraiment que deux figures des Late Night Show : David Letterman et Jay Leno. Deux hommes qui respiraient cette masculinité de la toute puissance et qui se balançaient sur leur fauteuil en cuir. En 1986, lorsque le très chic Letterman pressait la chanteuse Cher en lui demandant pourquoi elle avait longtemps refusé de venir dans son émission, elle rétorquait, « parce que vous êtes un connard ». Letterman se balançait alors sur son siège en cuir en rigolant et prenait une taffe de son cigare. Sa dernière émission en 2010 était le même jour que la fin de la série Mad Men

Alors, qui a pris la suite ? 

Des visages et des accents qui disent autre chose de la diversité américaine. Robin Thede sur BET, la seule femme noire à avoir son Late Night Show, on rit d’une actualité qui devient racisée et genrée. Une première aux Etats-Unis, et une utopie quand on pense à la France. Mais la nouvelle génération d’animateur vient aussi troubler la notion de virilité. 

Cette semaine, Jimmy Fallon annule ses émissions pour faire le deuil de sa mère. En octobre, Jimmy Kimmel s’autorisait à pleurer à l’antenne après la fusillade de Las Vegas. En septembre, Stephen Colbert expliquait calmement à l’humoriste Jerry Seinfeld- fan de Bill Cosby- qu’il ne pouvait plus écouter les blagues de ce dernier accusé d’avoir violé plusieurs femmes. Coupure pub. Seinfeld revient sur ses propos et dit que lui aussi, finalement, il ne pourra plus écouter le comédien de la même façon après avoir entendu les arguments de Colbert. Ils font tomber de son piédestal un titan de la comédie en direct. Comme quoi, même les hommes ne veulent plus rire de tout. Pour cela, il aura fallu, d’abord, que la télé américaine déboulonne toute une génération de ses porte-voix masculins

Quelques "Late Night"

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