Depuis plus de 50 ans, le célèbre hebdo américain « Sports Illustrated » publie un numéro maillot de bain ultra-sexy pour la Saint Valentin. Sauf que cette année il a voulu être différent.

Le magazine masculin a confié la séance photo à une équipe entièrement féminine. Nom de code de l’opération : "In her own words - Avec leurs propres mots". L’idée : donner la liberté aux mannequins d’inscrire des mots au feutre noir sur leurs corps pour dire qui elles sont. On peut donc lire sur la cuisse de l’une d’elles le mot « créative », sur sa clavicule « mère » et en enfin juste au-dessus de son pubis entièrement épilé « humaine ». Car oui, on peut voir son pubis. Evidemment, pour faire passer l’aspect soit disant féministe du projet, il fallait que ces femmes soient nues. Donc le numéro spécial maillots de bain se fait sans maillots de bain, et devient un numéro spécial femmes à poil.

Comme quoi, une équipe de femmes ne constitue pas une garantie contre une couv encore plus sexiste que les autres ? 

C’est comme si personne n’avait réfléchi à la manière dont on regarde ces femmes. Traditionnellement, Sport Illustrated prend et offre du plaisir à regarder des femmes objet. Grâce à de pudibonds caches-tétons posés sur de jolies blondes ce magazine, officiellement familial, vend pour 35 millions de dollars de pub pour ce numéro. Mais le Swimsuit Issue n’est pas seulement un support masturbatoire, c’est aussi un rendez-vous qui a façonné son époque. Comme en 1965, pour le premier spécial maillots de bain, le magazine rompait avec la mode des mannequins à l’allure Twiggy pour promouvoir la femme californienne, grande et musclée, à l’allure saine. Une décision qui bousculera le monde de la mode et de la beauté. Face au mouvement "Me Too", ils ont voulu marquer le coup, voulant montrer que les mannequins ne sont pas seulement des objets de désir mais qu’elles peuvent aussi être et penser.

Pour vous, Iris, c’est un énorme raté ? Pourquoi ?

Ce ne sont pas les mots inscrits sur leurs corps qui restent en mémoire mais la manière dont les corps nus sont mis scène. La cheffe de ce projet voulait que les photos soient sexy. Du coup, les filles posent comme la Vénus de Botticelli ou comme une femme en position de jouir avec son dos qui se cambre. Des images toujours liées à un imaginaire masculin où la femme se cantonnerait à deux imaginaires : la vierge effarouchée ou la putain déchaînée. Bref, aucune rupture culturelle, ici. On continue de sexualiser le corps des femmes pour vendre du papier et faire du clic. Le journal a beau croire en son féminisme naissant. (Et il est peut-être sincère), il s’avère incapable de réinventer ce à quoi notre époque aspire : une nouvelle esthétique du désir.

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