Iris, cette semaine, a dévoré l’émission de relooking de Netflix, "Queer Eye". Le principe : cinq hommes gays débarquent dans la vie d’un type en petite forme et l’aident à changer de vie. Une formule déjà diffusée en 2003, y compris en France.

Alors, qu’est-ce qui a changé 15 ans après ? 

Déjà, le titre. La première émission s’appelait Queer Eye for a straight guy, « un regard queer pour un homme hétéro » puisque la brigade relooking n’allait voir que des hommes hétérosexuels et jouait sur une soit disant opposition entre homos et hétéros. La version raccourcie du titre- juste Queer Eye - dit quelque chose de beaucoup plus contemporain. Désormais, le club des 5 rend visite à huit hommes qui osent jouer de leur féminité et se montrent aussi très vulnérable, en revenant sur la perte d’un parent, la prise de poids ou en étant mal à l’aise dans sa sexualité. Des exemples qui illustrent à quel point il est difficile de s’assumer en tant qu’homme qu’en tant que femme. 

Ce que l’émission dit de manière implicite, lorsque les coachs apprennent à d’autres hommes à se sentir bien dans leur masculinité, c’est qu’on ne nait pas homme, on le devient.

La pensée queer c’est justement ça : ne plus réfléchir au genre, en terme binaire, et analyser comment le féminin et le masculin se construisent. Une autre émission de télé réalité américaine incarne cette mouvance, RuPaul’s Drag Race, qu’on peut aussi voir sur Netflix, concours de la meilleure drag queen où des hommes deviennent des femmes le temps d’une performance.  

Pourquoi est-ce que l’émission cartonne ?

Parce que la culture de la virilité s’est transformée en quelques mois aux Etats-Unis. La première version de Queer Eye a été lancée sous George Bush où le président incarnait encore un modèle de la masculinité cowboy. Aujourd’hui, avec un président qui se vante d’attraper les femmes par la chatte, la notion de virilité doit absolument se réinventer. Les américains cherchent un autre modèle que la masculinité toxique de la toute puissance qui a été dénoncée par les mouvements #MeToo et Time’s Up. Cette semaine la couverture du New York Magazine pose la question : How to raise a boy ? Comment élever son fils, lorsque les modèles du patriarcat semble s’écrouler les uns après les autres. 

Si on ne peut plus prendre comme exemple nos acteurs, nos politiciens, nos entraineurs sportifs, que reste-il ? Eh bien la télévision et les coachs de Queer Eye qui a eux cinq inventent un nouveau paradigme de la masculinité, ce que j’appellerai une masculinité bienveillante, dont on a terriblement besoin aujourd’hui. 

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.