Les chiffres sont tombés hier, donnés par l’ACPM/OJD : les ventes de l’ensemble des quotidiens ont baissé de 2,2% en un an. L'analyse de Cyril Petit, rédacteur en chef du JDD.

Nous sommes en 1968, un kiosque vient de s’installer en banlieue parisienne. 32 titres sont en vente. Grande nouveauté : un haut parleur crie les nouvelles du jour et incite à l’achat. Interrogé par un journaliste, le marchand, explique que sans son haut-parleur, ses ventes baissent de 6% à 8%. « Avez-vous essayé d’autres stimulants », lui demande le journaliste, « oui, lorsque le kiosque est tenu par des demoiselles, les ventes montent de 5% à 6%... ». Dans cette interview de 1968, on apprend également que les ventes sont meilleures si ce “kiosque à roue” est à gauche de la rue. Pourquoi ? Parce que pour être vu, il faut se placer à contre-sens de la circulation.

Alors les stimulants, quels sont-ils en 2017 ? Et bien, il faut toujours que le journal soit au bon endroit au bon moment. Mais les deux changent. Le bon endroit d’abord : malheureusement, le nombre de points de vente continue de baisser en France: 23 714 fin août. Environ 700 de moins chaque année. Alors le bon endroit aujourd’hui pour les quotidiens (nationaux en particuliers), c’est de plus en plus le numérique. Les chiffres sont tombés hier, donnés par l’ACPM/OJD : les ventes de l’ensemble des quotidiens ont baissé de 2,2% en un an. Mais dans le détail, les ventes papiers en kiosque dégringolent (-8,0%) et celles en PDF explosent (+ 30%). Exemple : hors abonnements, Le Monde vend désormais deux fois plus d’exemplaires numériques qu’en papier. Pour Ouest France, c’est 10% mais cela augmente chaque mois.

Et le bon moment? Accrochez-vous : cela peut-être le soir précédent ! Presque tous les quotidiens nationaux mettent en ligne le journal du jour dès la veille donc. Le soir, vers 20h30, vous pouvez lire Libération du lendemain. La Croix à 21h, Le Figaro à 22h, Les Echos à 22h30, L’Equipe aux alentours de minuit. Les lectures de la veille sont en plein boom pour la presse nationale, nous ont confirmé les éditeurs : 25% des téléchargements de Libé ou du Figaro se font avant minuit, près de 40% pour Les Echos. Et si lire le journal n’était plus la première chose qu’on fait au réveil, mais la dernière avant de dormir ?

C’est donc le grand retour des journaux du soir ! Quid de la presse magazine ? C’est plus compliqué en numérique. Parce que lire un magazine (ou un quotidien le week-end) reste associé au plaisir du toucher, du feuilletage. On profite de l’objet, on joue avec. D’ailleurs, les chiffres dévoilés hier montrent que les ventes numériques restent faibles pour les magazines (elles représentent 3,3% des ventes individuelles). Heureusement pour nous et nos marchands de journaux. Qui peuvent encore être au bon endroit au bon moment.

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