Etre lié à son journal à la vie, à la mort ? Le phénomène des abonnements perpétuels prend de l'ampleur. Pour 400 euros, vous avez accès ad vitam au journal "Libération" en PDF, au site web, aux applications, aux newsletters.. L’offre n’est accessible que cette semaine et réservée aux 1000 premiers abonnés.

Entrée dans le journal national français "Libération", Paris.
Entrée dans le journal national français "Libération", Paris. © AFP / KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Hier soir, Libé, comptait déjà 200 inscrits. Cette offre ne concerne pas l’édition papier dont on ne peut garantir l’avenir. 

Est-ce la première fois qu’un journal propose un abonnement à vie ?

Non ! Dès 2000, l’hebdo Jeune Afrique vendait des abonnements dits perpétuels. Quelques dizaines de lecteurs en profitent encore. De même pour Fakir, le trimestriel de François Ruffin : hier le député de la France Insoumise m’a confié avoir 470 abonnés à vie qui ont payé 200 euros et même neuf personnes qui bénéficient de l’abonnement… héritable (qui se transmet donc après la mort). Ceux-là ont donné 1000 euros. Depuis plus récemment, l’abonnement à vie est proposé par des médias qui se lancent via des souscriptions en ligne. Le quinzomadaire Society en a 8 depuis 2015, et Zadig, le trimestriel lancé par Eric Fottorino en mai, en compte 9. 

L’abonnement à vie à Libé est rentabilisé au bout de 50 mois. Mais au-delà, c’est l’engagement d’un lecteur que cherche aussi le journal. 

Fini le temps des radio-réveil ou de l’encyclopédie pour apater des abonnés. Médiapart a été le premier média numérique en France à réussir ça : au-delà des infos, on s’abonne au site d’Edwy Plenel pour défendre une vision du journalisme, pour faire partie d’un club. Il y a une part de militantisme dans tout ça. Autre exemple : en Grande-Bretagne, le Guardian a gardé un modèle gratuit sur le web et même supprimé la pub en échange de soutien financier des lecteurs (qui deviennent des “supporters” en anglais) : chacun donne ce qu’il veut quand il veut. Le quotidien dit avoir atteint l’équilibre financier. 

Mais les lecteurs sont-ils prêts à payer ?

L’étude du Reuters Institute, publiée la semaine dernière, a jeté un froid. Seuls 11% des lecteurs dans 38 pays (dont la France) sont disposés à payer pour de l’info en ligne. Un chiffre qui stagne. Les chercheurs parlent même (déjà) de “fatigue de l’abonnement” entre Netflix, Spotify et les autres. Vidéo, audio ou info : s’ils devaient choisir, seuls 7% des moins de 45 ans opteraient pour un média. Mais lequel, si on n’a que 10 à 20 euros par mois à consacrer à de l’info ? Le Monde, Ouest France, Mediapart ? Il faut donc susciter l’adhésion… ou offrir de nouveaux services. 

Aux Etats-Unis, rapporte Le Monde, le Washington Post, que possède le PDG d’Amazon, propose à ses abonnés des réductions pour la livraison de produits. Le New York Times, lui, a dépassé les 3,5 millions d’abonnés numériques grâce à son positionnement offensif face à Trump mais aussi grâce à ses applis cuisine et mots croisés (à l’origine de 40% des nouveaux inscrits). Libé suit le modèle : son offre à vie inclut la newsletter cuisine Tu mitonnes et l’appli ludique Rajeux.

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