Paris Match a provoqué une vive polémique en publiant, de manière illégale, deux photos de l'audience du procès Merah. Le point avec Cyril Petit, rédacteur en chef au Journal du Dimanche.

Paris Match (qui appartient au même groupe que votre journal) a publié deux photos de l’audience du procès Merah dont l’une où l’on voit Abdelkader Merah dans le box des accusés, barbe, lunettes et sourire. 

Un cliché pris cinq minutes avant le verdict sans doute au smartphone. Une photo exclusive. Exclusive mais interdite par la loi. Le parquet de Paris a immédiatement ouvert une enquête pour en trouver l’auteur. Risque pour l’hebdo : amende et retrait du magazine des points de vente. 

L’hebdo est resté en vente et l’enquête se poursuit. Mais cette affaire repose la question de la pertinence, 136 ans plus tard, de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. 

Texte fondateur. Son article 38 ter stipule que tout enregistrement de son ou d'image est interdit dans l'enceinte d'un tribunal. Pour trois raisons : éviter de troubler la sérénité des débats par la présence de photographes, préserver la présomption d’innocence et ne pas transformer le procès en spectacle.

Des exceptions, il y en a eu. Depuis 1985, la loi autorise que certains procès soient filmés : 

S’ils ont une “dimension événementielle, politique ou sociologique”. Ce fut le cas cinq fois, notamment pour les procès Barbie (1987) et Papon (1997). Pour Merah, des familles de victimes avaient souhaité qu’il soit filmé. Demande refusée. Alors Paris Match a enfreint la loi au nom, je cite, d’“un choix délibéré” justifié par la “portée historique” de ce procès.

La diffusion de l’image du frère de Mohammed Merah a aussi fait polémique parce qu’elle touchait au terrorisme. 

Dans le dernier numéro de Match, l’avocat des victimes a défendu la publication de cette photo : “Pourquoi l’assistance pourrait-elle voir l’accusé et pas le grand public ?” Or, depuis l’attentat de Nice, certains médias ont arrêté de diffuser les portraits des terroristes pour éviter leur starification. D’autres continuent, mettant en avant le droit à l’information. Là, il n’est plus question de loi, mais de ligne éditoriale.

En revanche, la loi, fixée sous la IIIe République, est-elle anachronique alors  que nous sommes abreuvés d’images amateur et que les procès sont live-tweetés ? La réflexion est urgente.   

A l’entrée des prétoires, des panneaux interdisent l’utilisation des smartphones. Or les live-tweets (sans photos) sont tolérés : c’est un des combats quotidiens que mènent, contre des magistrats réticents, les journalistes judiciaires. D’ailleurs, ceux-ci sont en colère contre Paris Match, ils craignent que ce passage en force verrouille leurs conditions de travail. 

Quelles seraient les conséquences dans la couverture médiatique si les images étaient autorisées lors d’un procès?

On pourrait accepter des photographes, car les appareils sont moins volumineux et moins bruyants qu’avant. Mais attention, la photo fixe un moment très bref, parfois hors du contexte. Accusé souriant, en colère ou triste : que diffuser sans orienter les opinions? Et serait-ce un premier pas vers la diffusion tapageuse des procès en direct à la télé comme dans certains pays? En France, en 2017, nous avons un vieil outil qui permet de rendre compte visuellement des procès : les croquis d’audience. Un genre journalistique à part entière, dont il serait dommage de s’en passer. Eux ne sont pas des instantanées, ils absorbent et restituent les émotions, comme dans un article complet. 

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