Entre des plans sociaux, des arrêts de titres, la chute de la publicité et la crise de la distribution, les nuages s’amoncellent sur la presse mais ce matin, nous avons une bonne nouvelle à vous annoncer !

C’est presque un miraculé. Le Démocrate de l’Aisne, à Vervins, dans l’Aisne, a ressuscité du Covid ! Vendredi 5 juin, l’hebdomadaire départemental créé en 1906 a publié son 3603e numéro après plus de deux mois d’arrêt à cause du confinement et des problèmes de distribution par La Poste. On a bien cru qu’il allait y rester. Et même son directeur, Jacques Piraux, 79 ans, nous l’avait confié : “Pour la première fois, je suis pessimiste. Nous ne sommes plus en capacité de remplir notre rôle d'information locale et de lien social. ” Jusque-là, le journal avait déjà suspendu sa parution à deux reprises. Mais c’était en temps de (vraies) guerres : en 1918-1919, son matériel fut emporté pour être fondu, puis, entre 1940 et 1944, il se saborda pour ne pas avoir à publier des communiqués de l'occupant ou de Vichy. 

On connaît bien la PQR (Presse quotidienne régionale), on en parle souvent ici. Mais Le Démocrate de l’Aisne est un titre de PHR (Presse hebdomadaire régionale). On compte environ 250 hebdos hyper-locaux en France qui tirent entre quelques centaines et quelques dizaines de milliers d’exemplaires par semaine. Ce sont des relais essentiels de l’actu près de chez soi...

Le Démocrate de l’Aisne, c’est un petit journal par le tirage : 1200 exemplaires chaque semaine. Mais c’est aussi un très grand journal : le dernier en format dit broadsheet. 62 cm sur 86 cm une fois déplié. Surtout, c’est le dernier en Europe (et peut-être au monde) réalisé avec des caractères en plomb... Pas d’ordinateur là-bas, les titres des articles écrits par le directeur de la rédaction et par une journaliste sont composés lettre à lettre par un typographe qui les pioche dans une casse. C’est un grand casier en bois où les caractères minuscules sont rangées en bas : d’où leur nom, les bas de casse, en opposition aux majuscules qu’on appelle capitales. Autre métier disparu partout sauf au Démocrate : le linotypiste compose ligne à ligne le texte des articles sur une machine Intertype de 1936 à base de plomb en fusion à 280 degrés. Cette discipline n’est plus enseignée dans les écoles depuis les années 1970. S’ajoute un rotativiste qui fait tourner la vieille Duplex de 1924. Il faut quatre jours pour composer les 4 pages de l’hebdomadaire, qui contiennent autant de textes que 16 pages d’un journal au format tabloïd comme Libération ou Le Parisien

Si Le Démocrate mourrait, ce serait donc un pan du patrimoine de la presse qui disparaîtrait.

Ce journal, c’est un média local et un trésor mondial. D’ailleurs, environ la moitié de ses exemplaires est diffusé hors du département. Il compte même des abonnés… en Australie. C’est une vague de solidarité qui a permis le redémarrage début juin. Des élus locaux et régionaux ont promis leur aide ; le conseil départemental a financé un numéro spécial du Démocrate pour la venue de Macron à Dizy-Le-Gros, où il a commémoré la mémoire de De Gaulle… Et puis le journal a gagné une trentaine d’abonnés pendant la crise : on est loin des milliers d’abonnements numériques supplémentaires affichés par des titres nationaux, mais le symbole est fort. Inutile de préciser que Le Démocrate de l’Aisne n’a pas de site web. D’ailleurs, si vous voulez recevoir chaque semaine pendant un an cet objet d’un autre temps dans votre boîte aux lettres, c’est seulement 26 euros. 

Pour s'abonner :

e-mail : journal-le-democrate@orange.fr
Téléphone : 0323980241
Adresse postale : Le Démocrate de l'Aisne, 2 rue Dusolon, 02140 Vervins

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